Kililana Song – Benjamin Flao

Kenya, de nos jours.
Naïm, 11 ans, est un jeune orphelin élevé par sa tante. L’école, ce n’est pas sa tasse de thé. Aussi préfère-t-il errer sur sa petite île toute la journée, au grand dam de son grand frère. D’ailleurs, ce dernier passe ses journées à lui courir après pour l’emmener de force à l’école coranique. Mais rien à faire, Naïm est un petit garçon rapide que rien n’arrête !
Toute la journée, le garçon savoure sa liberté, loin de son frère, loin de l’école coranique et de son dressage. Naïm vit comme un gamin des rues et rencontre, au fil de sa journée, une quantité de personnages hauts en couleurs : du capitaine Günter, à Suzy la prostituée, en passant par le vieux shaman…

 

J’ai retenu finalement assez peu de choses concernant l’histoire de cet album… mais qu’importe ! Avec Kililana Song, j’ai voyagé comme jamais, j’ai découvert des paysages, et une richesse de dessins incroyable. Chaque page est une nouvelle invitation au voyage, et nous montre un paysage différent. J’ai apprécié l’utilisation d’aquarelles aux couleurs chaudes qui donnent envie de partir loin de toute la grisaille ! J’ai été subjuguée par ces dessins naïfs permettant de nous raconter une vieille fable africaine. Pour la première fois, j’ai pris plaisir à poser et reposer cette BD rien que pour pouvoir faire durer le plaisir de la rouvrir pour voyager encore un peu. Bref, vous l’aurez compris, j’ai eu un coup de cœur et un coup de foudre pour ce dessin, se rapprochant de très près d’un récit de voyage !
En ce qui concerne l’histoire, je l’ai trouvée agréable, parfois amusante, mais je n’en garderais pas de grands souvenirs… J’ai apprécié de découvrir des dénonciations qui me paraissent être justes au sein de ce cadre paradisiaque. Drogue, prostitution, délinquance, misère, tout y passe et le lecteur n’est pas épargné !
J’ai aussi été particulièrement intriguée par l’histoire du Shaman défendant son arbre sacré des mains des prometteurs immobiliers… Et comme pour tout le reste de cet album, je me suis demandée où tout cela allait nous mener… A quand la suite ?

 

En bref
Une avalanche de couleurs chaudes et un dessin à vous couper le souffle. Voici ce que je retiendrais particulièrement de Kililana Song ! L’histoire, elle, m’a beaucoup moins emballée… Le lecteur avance sans savoir réellement où il va mais les rencontres du jeunes Naïm sont réellement intrigantes. J’attends la suite avec impatience !

 

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Chez Mango

topbd 2013

Top BD de Yaneck : 15/20

 

Futuropolis, 128 pages, 2012

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Photo de groupe au bord du fleuve – Emmanuel Dongala

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En se réveillant, ce matin-là, Méréna sait que cette journée sera différente des précédentes… Depuis plusieurs semaines, une routine persistante s’est installée et elle ne la supporte plus. Chaque matin, après son réveil, elle prend une douche froide, boit son café en écoutant les informations désastreuses de la journée à la radio, envoie ses deux jeunes garçons à l’école et dépose sa petite dernière chez sa tante Turia avant d’aller à son travail.
Son travail est éprouvant, dangereux mais Méréna a besoin d’argent, rapidement. Elle gagne sa vie en cassant des blocs de pierre à la massue, sous un soleil africain harassant.
Mais aujourd’hui Méréna a appris aux informations locales la construction d’un aéroport qui va faire considérablement augmenter le prix du sac de gravier. Les quinze femmes à travailler au bord du fleuve l’ont-elles aussi entendue et souhaitent céder aux intermédiaires le sac de gravier plus cher qu’il ne l’a été précédemment. Méréna est rapidement élue comme porte-parole puisqu’elle est une des seules à avoir fait des études, à bien parler et à maîtriser la langue. Méréna sera prise au sérieux.
Lorsque les intermédiaires apprennent la nouvelle, des échauffements surviennent. Une bagarre oppose les intermédiaires et les « casseuses de pierres », plongeant l’une d’entre elle dans le coma. Mais l’histoire ne s’arrête pas ici, puisque trois des femmes se retrouvent emprisonnées. De manifestations, en revendications, les femmes vont se montrer ferme et créer une véritable lutte pour vendre leur sac de pierre à un prix qui leur parait plus décent.
La journée de Méréna ne sera pas comme les autres et les suivantes pourraient bien bouleverser leur existence…

 

Photo de groupe au bord du fleuve est un livre remarquable, poignant et terrifiant, puisqu’il est avant tout une plaidoirie contre la condition de la femme en Afrique. Toutes les « casseuses de pierres » ont leur histoire, leur vécu. Tour à tour, les femmes vont évoquer ce passé de femmes violées, maltraitées, humiliées, trompées. Lentement, j’ai été captivée par cette véritable lutte que soutiennent ces femmes. Une lutte légitime, poignante, qui, au-delà de l’argent est une lutte pour une meilleure vie de ces femmes. Avec cet argent, Méréna et les autres construisent des projets : reprendre des études, ouvrir un commerce, prendre soin de leur famille, arrêter de vivre au jour le jour, …
En parallèle, l’auteur dénonce également les problèmes récurrents en Afrique : la corruption, la disparition soudaine des ONG, le manque de soins dans les hôpitaux, la violence, l’adultère… Tout autant de thèmes qui m’ont émue, révoltée. On peut ne sortir de cette lecture sans prendre conscience de notre propre condition, sans chercher à comprendre pourquoi l’auteur dénonce cela. Riche en revendications, ce livre n’est pourtant en aucun cas stéréotypé. Et c’est d’ailleurs la grande force de ce roman. L’auteur nous propose simplement de réfléchir à cette Afrique moderne, pour ma part assez méconnue.
Quant à l’écriture, je la qualifierais de riche et surprenante à la fois. L’auteur introduit une certaine mise à distance en utilisant la seconde personne du singulier. Au début, j’ai été surprise et perturbée, cherchant à comprendre la raison de ce choix… Mais après tout, pourquoi pas ? J’ai trouvé que ceci apportait une grande force aux propos. J’ai également eu l’impression que l’auteur cherchait à s’effacer pour laisser pleinement la parole aux femmes. Bref, cette forme surprenante est aussi intéressante. J’ai également apprécié la plume de l’auteur qui nous fait voyager grâce aux descriptions riches qu’il propose. Emmanuel Dongala écrit de manière fluide, pudique, sans trop s’éparpiller.

 

En bref
Photo de groupe au bord du fleuve est un livre passionnant sur cette Afrique moderne. De revendications en revendications, l’auteur nous propose une réflexion passionnante sur les problèmes que rencontre l’Afrique. Un livre foisonnant à découvrir et à faire partager.

 

« Dans un état de colère et de douleur mêlées, tu as dit que tu aurais préféré que Batatou ait eu une vie heureuse sur terre plutôt que dans l’après-vie; que les dictateurs corrompus qui maltraitent leur population devraient être jugés ici et maintenant comme de vulgaires criminels par la Cour internationale de justice et non pas attendre le jour du Jugement dernier. Tu as réaffirmé avec force que vous vous battriez jusqu’au bout pour faire aboutir ces revendications qui ont conduit à la mort de votre camarade et enfin tu as juré au nom de toutes de prendre soin des jumeaux. »

Editions Babel, 440 pages, 2012