Kiki de Montparnasse – Catel & Bocquet

Alice Prin n’est autre que la célèbre Kiki de Montparnasse. L’œuvre de Catel, José-Louis Bocquet nous entraîne dans son univers. De son enfance en province à sa vie d’artiste dans la capitale française la célèbre muse de Man Ray se dévoile et nous montre son tempérament bien trempé.

Alors qu’elle n’est qu’une toute petite fille, Kiki est confiée à sa grand-mère en province où elle est élevée avec ses cousins et cousines. À l’âge de douze ans, sa mère prend la décision de faire son éducation. Elle la récupère et l’amène à Paris. Mais la jeune fille, élevée à la campagne éprouve quelques difficultés  s’adapter aux bonnes mœurs parisiennes. Quelques années plus tard, Kiki se retrouve à nouveau seule : sa mère souhaite vivre pleinement sa nouvelle histoire avec son amant. Sa fille est alors placée comme bonne à tout faire dans une boulangerie. Mais son salaire bien maigre ne plus permet pas de vivre la grande vie à laquelle aspire Kiki. C’est alors qu’elle est remarquée par un peintre de renommée qui lui proposera de poser pour elle. Par la suite, elle deviendra la muse de plusieurs peintres d’envergure. Elle deviendra également LA Kiki de Montparnasse. L’album nous propose également une prospective de son amour fulgurant avec Man Ray avec qui elle vivra un amour houleux et passionné.

Kiki m’était plutôt méconnue jusque-là. Je la connaissais dans la splendide photographie « Le violon d’Ingres », mais je ne connaissais rien de sa vie, ni celle de Man Ray.
Cet album est donc une très bonne entrée en matière, je pense pour connaître et appréhender un peu mieux le personnage. Ses amours, son caractère de femme libre, ses envies et besoins de grand large nous donnent une vision globale de cette femme charismatique. En plus de son histoire imagée, les auteurs nous proposent également une frise chronologique du modèle à la fin de l’album permettant d’avoir en tête l’ensemble des informations la concernant.
Ils nous plongent également dans un Paris de l’entre-deux-guerres où les grands artistes se côtoient dans ce quartier mythique. L’ambiance semble bien retranscrite et colle assez bien à l’image que nous pouvons en avoir.
Au fil des pages, c’est plusieurs artistes de renom que nous rencontrons : de Foujita à Kisling en passant par Picasso ou Mendjisky et j’en passe. Ceci nous offre alors une très belle vision d’ensemble des artistes qui composaient cette époque.
Une belle œuvre et une protagoniste qui ne laisse pas indifférents. Ajoutons à cela des planches magnifiques qui donnent une belle vision d’ensemble… A lire pour une petit séance de culture générale !

 

Chez Mango

Casterman, 384 pages, 2007

Pablo, Tome 3 : Matisse – Julie Birmant & Clément Oubrerie

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Fernande et Pablo sont toujours en couple mais ce dernier, jaloux et possessif l’empêche de sortir, de voir du monde. Fernande se réfugie alors dans les livres qu’elle dévore.
Pablo emmène sa fiancée en Espagne afin de présenter Fernande à ses parents. L’entrevue est de courte durée. Picasso, en voyant que ses amis charment sa bien-aimée parisienne, décide alors de partir dans un coin reculé de l’Espagne : Gosol. Là-bas, il trafique avec des contrebandiers. Mais il retrouve également une certaine inspiration : son art prend un tournant nouveau et il recommence à créer des œuvres à foison. Fernande n’est plus représentée de manière objective ; c’est également le début de sa période africaine. Mais le couple est obligé de fuir le petit village ; en effet, une épidémie sévie.
De retour en France, le peintre rencontre son nouveau rival : Henri Matisse…

http://lejardindenatiora.files.wordpress.com/2013/12/idb89jdx43ketw1ornhceltc3wkagipo-page3-1200.jpgIl y a quelques mois, j’avais craqué pour a série Pablo. Les dessins, l’histoire m’avaient transportée. Le troisième tome m’attendait depuis un moment sur mes bibliothèques, mais il est vrai que j’avais un peu délaissé la lecture durant ce premier semestre…
Ce troisième tome m’a un peu moins plu : peut-être que la surprise n’est plus vraiment au rendez-vous… Néanmoins, suivre ce mélange de réalité et de fiction (?) m’a encore passionnée, m’a permis d’en apprendre beaucoup sur la vie du peintre, de comprendre ses périodes artistiques. J’ai aussi aimé redécouvrir cet univers espagnol et parisien du début du XXème siècle, nous permettant de comprendre comment Picasso est devenu Picasso.
Dans ce nouvel opus, Picasso semble être de plus en plus possédé et paranoïaque. A plusieurs reprises, Fernande se demande si Dieu n’est pas en train de jouer avec lui, s’il n’est pas en train de perdre la tête… Elément qui apporte une nouvelle information sur la vie de l’artiste, qui nous permet également de comprendre pourquoi son art semble prendre un nouveau tournant. L’arrivée de Matisse, son rival, contribue également à cette compréhension, à faire évoluer le protagoniste et son art. Le personnage, tout comme Max Jacob ou Apollinaire s’intègre avec brio dans l’histoire.
Au niveau des dessins, j’ai toujours été surprise par leur précision, par le nombre important de détails par ces couleurs réalistes qui en font un véritable chef-d’œuvre, un livre à posséder et à mettre entre toutes les mains !
J’attends le tome 4 avec impatience !

Mon avis sur le tome 1 et sur le tome 2

 

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Top BD de Yaneck : 17/20

Dargaud, 90 pages, 2013

Blankets, manteau de neige – Craig Thompson

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Craig est né dans une famille modeste et vit dans le Wisconsin avec son père, sa mère et son petit frère Phil avec qui il partage la chambre et le lit. Il reçoit une éducation stricte, et très religieuse. Ses parents sont catholiques et très pratiquants. La vie de Craig est donc ponctuée par la foi : sorties avec la paroisse, cours de catéchisme et dimanches à la messe.
Très solitaire, plutôt rêveur, et assez renfermé, Craig n’entre pas dans le moule et subi le rejet et les oppressions de ses camarades de classe. Le protagoniste se réfugie alors dans le dessin, sa seule et grande passion. Mais ce hobby n’est pas vu d’un bon œil par ses éducateurs qui lui préfèreraient un avenir religieux.
Un jour, la paroisse organise une semaine classe de neige avec d’autres jeunes pratiquants. Les débuts sont difficiles et Craig éprouve la difficulté à s’intégrer dans cette bande de jeunes. Pourtant, il va faire la rencontre de Raina, son premier amour.

 

En prenant Habibi à la bibliothèque, j’ai également découvert Blankets… Un roman graphique qui n’est pas loin d’être un pavé mais qui m’a pourtant tout de suite attiré ! Pour cette couverture énigmatique : deux jeunes qui semblent hésitants, presque paumés, animés de doutes et craintes… J’ai tout de suite su que ça allait me plaire !
L’histoire m’a bouleversée parce qu’elle est racontée de manière simple. Pas d’artifices, pas de pathos… Rien que des images, des mots, des attentions qui ont chamboulé la vie de l’auteur. Cette histoire d’amour entre deux adolescents m’a plusieurs fois fait frissonner parce qu’elle sonne vraie. L’auteur nous raconte ses premiers émois amoureux, sa première rencontre marquante, son premier grand amour aussi. La difficulté de vivre une relation à distance, de se séparer, la joie de se retrouver… Et une histoire qui semble presque impossible… Souvenirs doux-amers…
J’ai aimé découvrir également la vie de l’auteur puisque tout est raconté sans détours. Découvrir la vie de cette famille modeste et pieuse m’a beaucoup intéressée parce qu’elle me semblait très éloignée de ce que je connais. Craig Thompson nous évoque également ses doutes face à la religion avec franchise. Des doutes qui l’aideront à s’affirmer dans cette famille où l’incertitude n’est pas permise.

https://labibliothequederion.files.wordpress.com/2013/10/178f9-blankets7.jpgBien qu’on ne soit que le spectateur externe de cette bribe de vie, j’ai souvent eu l’impression de pouvoir entrer de l’histoire, de pouvoir visualiser parfaitement ce que l’écrivain cherche à nous faire comprendre, voir. Et c’est peut-être parce que Craig Thompson nous offre de splendides paysages permettant aux lecteurs une immersion totale. Le trait de l’auteur est par ailleurs doux, net, poétique, parfois sensuel, parfois imagé, mais il nous donne une vision nette des sentiments des deux adolescents.
Un roman graphique qui m’a touchée, émue parce qu’il peut être si proche de la réalité… A découvrir, à posséder, à faire lire !

 

Une lecture partagée avec la douce Moka, qui, je suis sûre, aura été elle aussi touchée par cette histoire d’amour, par ce roman initiatique et par la beauté de ces dessins !

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Top BD de Yaneck : 19/20

Editions Casterman, 580 pages, 2004

Pablo, Tome 2 : Apollinaire – Julie Birmant & Clément Oubrerie

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Le second album commence avec un Pablo délaissé par Fernande. En effet, de nature jalouse et possessive, Pablo interdit à sa fiancée d’être le modèle d’un autre artiste. Or, les temps sont durs pour Pablo. Sa peinture ne marche pas fort et il est contraint de vivre dans la misère la plus totale. Aidé de ses deux amis, Apollinaire et Max Jacob, Pablo va tenter de reconquérir le cœur de sa belle en utilisant filtres et potions magiques. Le stratagème fonctionne à merveille puisque Fernande retombe quelques temps après dans les bras de Pablo qui est fou d’elle.
Cette chance n’arrivera pas seule, puisque les Stein, de riches mécènes américains, sont très intéressés par la peinture du jeune peintre et décident de lui acheter quelques toiles à très bon prix. Par ailleurs, Pablo est fasciné par le charisme de Gertrude Stein et décide d’en faire son portrait.
Mais les deux tourtereaux ont des envies d’ailleurs et décident de faire un petit séjour en Espagne…

 

Après mon coup de cœur de la semaine dernière, je n’ai pas su attendre plus pour découvrir le second tome de cette série.
Un second tome que j’ai trouvé un peu plus brouillon et où je me suis quelques fois perdue. On passe d’une planche à l’autre sans comprendre le lien, et surtout, les flash-back sont récurrents. Malgré tout, ces moments d’égarement ne sont souvent qu’anecdotiques et n’entrave en rien la compréhension globale de l’histoire.
L’histoire, quant à elle, m’a tout autant charmée que dans le premier tome. On découvre ces personnages énigmatiques, qui ont su charmer nos yeux, nos sens et qui restent toujours aujourd’hui des personnages de force. Avec ce second tome, la personnalité de Picasso émerge. Il est vrai que dans le premier tome, il était difficile de cerner réellement le personnage. Je l’avais trouvé un peu effacé, pas vraiment expressif. Là, on découvre sa jalousie, sa possessivité, mais aussi sa détermination. Le personnage de Fernande s’affirme également. Alors que dans le premier tome elle subissait la volonté des hommes, elle semble ici gagner en confiance. Elle quitte Pablo parce qu’elle ne supporte plus la misère ambiante. Elle rencontre quelques Hommes par-ci par-là… Mais elle revient aussi parce qu’elle Pablo lui manque. Et pour moi, c’est un peu de cette façon que je me représente une muse.
Quant aux dessins… C’est la seconde force de cette série. Ça tient la route, ça frise la perfection ! C’est un peu flou, un peu fou aussi comme cette vie bohème, comme ces moments de divagations entraînés par l’opium. C’est riche en couleurs, c’est délicat, plein de détails qui permettent aux lecteurs de bien se rendre compte de l’ambiance parisienne du début du XXe siècle.

Une série qui n’a pas fini de m’enchanter… J’en veux encore !

 

http://lagriotteanice.files.wordpress.com/2012/08/pablo-2-decc81tail-3.jpghttp://lagriotteanice.files.wordpress.com/2012/08/pablo-2-decc81tail-gare-saint-lazare.png?w=1024&h=657

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Top BD de Yaneck : 18/20

Dargaud, 90 pages, 2012

 

Pablo, Tome 1 : Max Jacob – Julie Birmant & Clément Oubrerie

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1900, à Paris lors de l’exposition universelle. Pablo, 19 ans, débarque avec son ami Casagemas dans la capitale française avec l’espoir de vendre quelques toiles. La peinture de Pablo intéresse, intrigue la bourgeoisie. Dès 1901, l’artiste est exposé dans une célèbre galerie et ce dernier réussi à vivre de son art.
Mais il en profite aussi pour vivre la vie parisienne bohème fréquentant les bordels, rencontrant d’autres artistes. Parmi eux, Max Jacob, poète tombé sous le charme de la peinture de Pablo et peut-être aussi sous le charme du peintre… C’est grâce à lui que Pablo se détachera des normes pour créer sa propre peinture quitte à vivre sans le sou.
Dans cette effervescence, Pablo rencontre également Fernande, son premier amour, sa première muse…

 

Être bénévole pour une fête du livre. Rencontrer LE libraire qui vous pousse à acheter ce titre « aux dessins spectaculaires ». Ne pas résister. Et attendre le bon moment.

Voilà les quelques mots qui résument ma rencontre avec cet album. Ajoutons à cela que j’ai vu un chouette documentaire sur l’artiste qui m’a vraiment poussé à aller ouvrir ce titre au plus vite. Bref, vous l’aurez compris, je suis tombée sous le charme de cette BD… Tant et si bien que vous saurez déjà quelle sera ma lecture de mercredi prochain !
J’ai particulièrement aimé cet album autobiographique qui raconte sans détours les débuts laborieux du peintre. Enchaînant les chambres miteuses, les hébergements provisoires, les allés-retours jusqu’à Barcelone, le peintre a affronté ces épreuves sans baisser les bras, croyant sans cesse à sa réussite, à sa bonne étoile. Et puis, en s’immergeant dans la vie du peintre, on a l’impression de mieux comprendre son époque, les modes de vie qui semblent parfois si loin de ceux d’aujourd’hui… Les arts sont tous représentés, montrant l’influence des uns sur les autres. On voit par ailleurs que Pablo Picasso est profondément touché et inspiré par la poésie de son ami Max Jacob, mais aussi par celle des autres dont il boit chaque parole malgré un français approximatif. Je l’avoue… J’ai envié la vie de Picasso, sa manière de vivre à fond les choses, et puis cette insouciance, cette espoir ont rendu cette BD autobiographique passionnante !
Quant aux dessins… Mon libraire ne m’avait pas menti ! Quelle merveille ! Les planches retranscrivent si bien l’atmosphère parisienne de ce début de siècle qu’on a l’impression d’y être l’espace d’une heure. C’est agréable, c’est passionnant. Vite, la suite !

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Top BD de Yaneck : 18/20

 

Dargaud, 90 pages, 2012

 

La part de l’autre – Eric-Emmanuel Schmitt

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La part de l’autre, c’est un livre que j’ai lu lorsque je devais avoir quinze-seize ans, par pur hasard. De là, je peux en dire plusieurs choses… Déjà, ce livre m’a profondément marquée. En effet, j’avais encore des cours d’histoire-géo et ceci m’a permis d’en savoir un peu plus que les autres sur cette période, sur cet Hitler. Ensuite, il a été l’un de mes préférés pendant des années. Je l’ai partagé, et recommandé un nombre de fois assez impressionnant. Et puis, c’est avec ce livre que j’ai découvert EES, et donc c’est à partir de là que je suis devenue « une fan ».
Quelques années plus tard, j’en reparle avec mon entourage et je me rends compte que j’ai une envie folle de relire ce livre dont les souvenirs sont de plus en plus flous… Chose faite, mes sentiments pour La part de l’autre restent inchangés, malgré un esprit critique qui pointe le bout de son nez…

 

En 1908, Adolf Hitler tente le concours d’entrée aux Beaux art de Vienne, sans succès… Que se serait-il passé s’il n’avait pas été recalé ? Est-ce que cet infirme incident aurait changé le cours des choses ? Eric-Emmanuel Schmitt imagine alors la vie d’un Adolf H. hypothétique qui aurait été accepté par l’école, et qui se serait épanoui dans la peinture, qui aurait été entouré d’amis fidèle, de plusieurs amours. Et de l’autre côté, il nous narre la vraie vie d’Hitler, Homme frigide et violent, aimant la guerre et le pouvoir…

 

En retraçant la vie d’Adolf Hitler, nommé Hitler dans le livre et en inventant la présupposée vie d’Adolf H. s’il avait réussi le concours d’entrée aux Beaux-Arts de Vienne, Eric-Emmanuel Schmitt arrive à faire naitre une petite pépite littéraire qui ne laisse pas son lecteur indifférent. Avec une plume simple, et fluide, EES retrace le parcours de cet Homme qui a marqué l’Histoire.
Entre ces deux parties bien distinctes, celle sur la vraie vie d’Hitler m’a le plus intéressée… D’ailleurs, on peut le lire comme une biographie plus ou moins romancée, car elle a été lue par des historiens qui n’ont rien trouvé à dire sur le livre d’EES. En ce qui concerne la vie inventée à Hitler par l’auteur, je l’ai trouvée intéressante, elle fait poser de vraies questions, mais je lui ai trouvé certaines longueurs, certains détails fantaisistes parfois inutiles… Malgré tout, ceci n’enlève rien à l’œuvre formée… C’est un roman superbe, nécessaire, à mettre entre toutes les mains.
Je n’avais pas lu lors de ma première lecture la postface « Le journal de la part de l’autre ». La seconde fois, j’ai hésité, et finalement, je me suis lancée… C’est un cours journal qui retrace les doutes de l’entourage de l’auteur concernant l’écriture de ce livre, ses propres inquiétudes à lui, ses lectures, … J’ai trouvé ce cours journal très intéressant car il permet de comprendre les raisons qui ont poussées Eric-Emmanuel Schmitt à écrire un livre comme celui-ci, qui permet de comprendre comment il s’est organisé dans son travail… Et finalement, je trouve que cette partie un petit plus enrichissant à cette lecture…
La part de l’autre reste pour moi un livre passionnant et dérangeant. Passionnant, parce qu’on en apprend des choses sans être ennuyé, lassé, épuisé d’entendre rabâcher des choses vues et revues comme c’est le cas dans certains cours d’histoire-géo. On apprend des choses qui vont au-delà des leçons, sans pour autant avoir sous nos yeux une biographie bête et méchante. J’ai ainsi été surprise de découvrir qu’Hitler s’est révélé antisémite après la défaite allemande lors de la Première Guerre Mondiale… Pour lui, la défaite a été causée par les Juifs. Avant cet Homme entretenait des rapports entièrement pacifistes avec les Juifs et ne comprenait pas les idées antisémites de son maitre : Wagner. On apprend également qu’Hitler a connu la misère, la vraie, avant d’accéder au pouvoir… C’est la guerre qui a sorti Hitler de la rue. Et là j’en arrive au côté dérangeant : on arrive parfois à éprouver une certaine compassion pour cet Hitler, à voir autre chose que le monstre sommeillant en lui… J’ai éprouvé une certaine pitié pour Hitler devenu SDF, pour cet Hitler incapable d’éprouver un quelconque sentiment, pour cet Hitler devenant fou, comme possédé… C’est dérangeant d’éprouver des sentiments comme ceux-ci pour quelqu’un qui a commis autant de mal. C’est dérangeant et inquiétant…
Et puis, je dois bien avouer qu’au début, cette vie inventée à Hitler ne m’a pas trop convaincue… Là encore, comment est-ce possible d’accepter qu’en Hitler il n’y ait pas que du mal ? Comment peut-on penser qu’Hitler aurait pu être quelqu’un de « normal », quelqu’un de bien, quelqu’un altruiste ? Au début, c’est dur d’accepter la version d’Eric-Emmanuel Schmitt… Et puis, petit à petit, en entrant pleinement dans le livre, j’ai accepté, j’ai compris, j’ai fini par y croire… Et finalement, je me suis dit « pourquoi pas ? ». Est-ce que notre vie n’est-elle pas déterminée de petits éléments déclencheurs qui font que l’on devient ce que l’on est ?

 

En bref
Avec simplicité et fluidité, Eric-Emmanuel Schmitt retrace la vie d’Hitler et invente une vie hypothétique à cet Homme qui a marqué l’Histoire. Le tout forme un ensemble superbe, grandiose, nécessaire, à mettre entre toutes les mains…

 

« Qu’est-ce qu’un monstre ? Un homme qui fait le mal à répétition.
A-t-il conscience de faire le mal ? Non, la plupart du temps. Parfois oui, mais cette conscience ne le change pas. Car le monstre se justifie à ses yeux en se disant qu’il n’a jamais souhaité la mal. C’est juste un accident de parcours.
Alors que tant de mal se fait sur cette planète, personne n’aspire au mal. Nul n’est méchant volontairement, même le plus grand trompeur de promesses, le pire des assassins ou le dictateur le plus sanguinaire. Chacun croit agir bien, en tout cas en fonction de ce qu’il appelle le bien, et si ce bien s’avère ne pas être le bien des autres, s’il provoque douleur, chagrin et ruine, c’est par voie de conséquence, cela n’a pas été voulu. Tous les salauds ont les mains propres. »

Les avis de CélineLasardineUn chocolat dans mon roman, …

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Le livre de poche, 503 pages, 2003

Lennon – David Foenkinos

Il y a quelque temps, Malika nous informait de la sortie en poche d’un roman de David Foenkinos. On ne peut pas dire que ce soit le genre d’information qui passe inaperçu parce que, chaque livre de ce monsieur m’a plu, m’a transportée. Même si le style est très différent des autres romans de l’auteur, celui-ci m’a beaucoup intéressée. Encore un vrai bonheur!

 

En 1975, à l’âge de 35 ans, John Lennon décide de mettre un terme à sa carrière d’artiste afin de s’occuper de son jeune fils Sean. Pendant cinq années, il s’est retiré de la vie médiatique et n’a sorti aucun album. David Foenkinos entre alors en scène et imagine un témoignage inédit du père des Beatles. Ce dernier en profite alors pour revenir sur son incroyable carrière et pour suivre plusieurs hypothétiques séances de psychanalyse (18 au total). Il s’exprime alors librement la terrible enfance qu’il a vécue, sur sa célébrité précoce, sur ses années d’errances, de solitude totale qui l’a conduit à la drogue, sur sa vie avec Yoko Ono… Son existence sera interrompue le 8 décembre 1980, jour de son assassinat par un déséquilibré.

 

J’aime beaucoup les Beatles. Je ne suis pas une fan non plus, mais j’apprécie leur musique, j’aime écouter un CD ou un titre d’eux de temps en temps (d’ailleurs, j’écris cet article en écoutant les meilleures chansons des Beatles !). Et je dois dire aussi qu’ils constituent pour moi une sorte de mythe imaginaire, même si je ne me suis jamais vraiment penchée sur la vie de ces artistes. Bref, ce livre m’a permis d’en apprendre un peu plus sur ce groupe, mais aussi de désenchanter un peu. Parce que sous leur allure de garçons bien élevés, gentils et serviable, ils sont en fait des hommes comme les autres, et notamment Lennon, puisque c’est sur lui que le livre est centré. Sous cette apparence calme, et pacifiste, l’homme cache en fait une grande violence, qui m’a beaucoup émue. S’il chante des chansons pacifistes, c’est pour essayer de trouver lui-même une paix intérieure. Il faut dire aussi qu’il n’a pas vraiment eu la vie facile. Entre une mère absente et un père qui l’a abandonné, John Lennon a dû se construire seul ou presque. C’est un homme très égocentrique, qui pense être plus populaire que Dieu, mais sous cet aspect négatif, on peut voir que l’homme est sans cesse à la recherche d’amour, de soutien. Bref, on sort un peu de cette image sublime, mythifiée, et on se rend aussi compte qu’il fait aussi parti du commun des mortels.

La forme du livre est tout à fait intéressante, et évite ainsi de tomber dans une biographie trop conventionnelle, voire même plombante. Tout est raconté à la première personne et permet au lecteur d’entrer dans cette séance imaginaire. Le style de Foenkinos est plutôt discret par rapport à ces anciens livres. En effet, on ne rencontre pas cette pointe d’humour qui fait tout le charme de ses livres (bon d’accord, il aurait été difficile dans un roman comme celui-ci), ainsi que ses petites notes de bas de page qui m’ont souvent fait sourire… Malgré tout, j’ai aimé la plume de l’auteur. Elle reste très simple, très fluide, comme si on assistait réellement à une conversation. C’est un roman très intéressant qui permet de découvrir, je dirais même d’apprendre, quelques évènements marquant de la vie du groupe, de la vie de Monsieur John mais aussi quelques anecdotes plus ou moins intéressantes. C’est peut-être la seule critique que je pourrais me permettre : j’ai trouvé parfois quelques longueurs, quelques fioritures, mais ceci n’altère en rien la lecture.

 

En bref
David Foenkinos relève avec brio le pari fou de faire parler, revivre même, John Lennon à travers dix-huit séances de psychanalyse imaginées. Un retour dans le passé des Beatles, une pure merveille !

 

« C’est surement dans ces orgies qu’est né en moi le fantasme absolu d’une femme qui anéantirait de sa puissance toutes les autres femmes. Une femme qui dominerait mes désirs par un amour suprême. Une femme qui deviendrait la seule et l’unique. J’ai vue des filles drôles, piquantes, étonnantes, mais elles se mélangeaient toutes dans une multitude qui prenait l’allure du rien. Avec cette consommation excessive du néant, j’allais accumuler la frustration nécessaire qui ferait l’apparition de Yoko un ravage. »

 

J’ai lu, 222 pages, 2012