Les sacrifiées – Laurent Gaudé

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Trois actes. Trois femmes sacrifiées. Trois générations. Entre la France et l’Algérie.
La malédiction commence avec Raïssa, une jeune algérienne qui vit pauvrement dans les campagnes. Cette dernière est maudite. Sa mère est morte en couches ce qui souillera à jamais son image. Désignée comme « fille tueuse de mère», elle sera contrainte à vivre seule, sans mari.
Sa fille, Leïla est élevée et vit en France. On la retrouve chaque soir déambulant dans les rues de Nanterre. Certains la croit folle… Mais Leïla ne se sent pas chez elle ici… Quelque chose l’attire incroyablement vers l’Algérie.
Saïda est une fille indécente subissant les critiques, les attaques des Hommes du quartier. La jeune femme s’habille de façon trop aguicheuse. Elle sera liée aux destins de Raïssa et Leïla…

A travers trois époques, Laurent Gaudé nous entraîne dans ces pages de l’histoire qui font que l’Algérie et la France sont très liées. Le premier acte nous présente les enjeux de la guerre d’indépendance avec la vision des deux camps. Le second, l’immigration des algériens vers la France, et les problèmes d’intégration que cela peut engendrer. Le troisième, la montée de l’extrémisme islamiste dans les cités. Un récit bref, des mots poignants qui amènent le lecteur à avoir un regard nouveau sur cette page de l’histoire, sur notre monde actuel.
A nouveau (et comme à chaque fois), l’auteur nous touche avec des mots forts, saillants qui nous font amplement réfléchir sur la condition féminine, d’une manière générale. En France ou en Algérie, c’est sous la domination des hommes qu’elles seront. Leurs rêves, leurs plaintes, leurs douleurs resteront sourds aux oreilles de ceux-ci. Très vite, j’ai été prise de pitié ou d’admiration face à ces femmes qui luttent pour obtenir les mêmes droits. En tous cas, on ne peut être indifférent face au destin de ces femmes. L’émotion est là, bien présente. Elle vous prend à la gorge, vous amène à une sorte de révolte interne. On a envie que leur destin change. Que la malédiction cesse…
J’ai particulièrement aimé la manière dont le texte est écrit. Il prend des allures de tragédie, genre que j’ai particulièrement lu et apprécié au lycée. Aux paroles et aux discussions avec les Hommes se mêlent des cœurs, des voix, des chants qui accompagnent la détresse de ces trois sacrifiées.
Un texte fort, puissant, parfois injuste… mais terriblement bien écrit. Mais surtout, Les sacrifiées me permet de renouer un peu avec le théâtre et d’avancer petit à petit dans le challenge Laurent Gaudé organisé par Un chocolat dans mon roman.

 

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Editions Actes Sud, 128 pages, 2004

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La mort du roi Tsongor – Laurent Gaudé

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Dans une Antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d’un empire immense, s’apprête à marier sa fille, Samilia. Mais au jour de son mariage avec le prince de sel, un deuxième prétendant surgit. Il s’agit de Sango Kerim, un orphelin qui a grandi et qui a été élevé avec les enfants de Tsongor. Un lien très fort s’est tissé entre Samilia et le Sango. Si fort même, que Samilia lui a promis sa main d’ici quelques années. Sango Kerim vient donc chercher son dû au monarque qu’il n’a pas vu depuis des années.
Surpris et embêté par cette demande, Tsongor décide de se suicider afin d’éviter la guerre. Mais malgré tout, celle-ci éclate…

 

L’an passé, j’ai eu un coup de cœur ultime avec  Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé. Ecriture envoutante, incomparable et riche, j’ai tout de suite aimé me plonger dans l’univers de l’auteur, plus ou moins proche de la réalité. Après cette expérience, on m’a conseillé de lire La mort du roi Tsongor, considéré comme le second chef d’œuvre de l’auteur ! Loin d’être déçue, je me suis replongée avec délice dans cette écriture et une histoire hors du commun. Un premier titre pour notre challenge Laurent Gaudé Organisé par Un chocolat dans mon roman.
D’une grande originalité et d’une grande sagesse, j’ai aimé cette histoire pour toute la moralité qu’elle peut nous apporter. L’auteur nous dénonce ici l’absurdité de la guerre, la violence et la soif de vengeance qui habite les hommes, sa jalousie et ses coups bas.
Sans pour autant être qualifié de roman classique, on retrouve des allures de tragédies classiques tels que l’Odyssée ou Antigone. Personnages confrontés à des choix dont ils ne sortiront pas indemnes ou bien descriptions de batailles, le lecteur est plongé avec aisance dans un univers bien loin du réel.
D’ailleurs, l’univers développé par l’auteur m’a également fascinée. J’ai apprécié cette immersion dans un territoire imaginaire, inconnu et pourtant très bien décrit. Les descriptions sont très présentes, plus ou moins longues, mais ne m’ont pourtant jamais semblées inutiles ou étouffantes. Le lecteur est face à des détails qui font voyager, rêver, le tout sous des couleurs d’une Afrique lointaine.
Les personnages sont eux-aussi également bien matérialisés, bien détaillés. On prend très vite conscience de leurs différences, et finalement, on finit par s’attacher à chacun de leur trait de caractère. Hommes et Femmes ont d’ailleurs leur rôle à jouer dans cette bataille héroïque ! L’un ne disparait pas au détriment de l’autre, bien au contraire. La force des deux sexes est réellement mise en avant, pas toujours dans des rôles traditionnels. Bien que les personnages soient assez nombreux, chacun apporte sa pierre à l’édifice pour en faire un roman frôlant la perfection.

 

En bref
Un nouveau coup de cœur pour ce roman de Laurent Gaudé, frisant lui aussi la perfection. En nous emmenant dans son univers, l’auteur nous fait prendre conscience de la bêtise de l’Homme, des choix qui s’imposent face à chacun.

« Je n’ai rien voulu, pensait-elle, je n’ai fait qu’accepter ce que l’on m’offrait. Mon père me parlait de Kouame et avant même de le voir je l’ai aimé. Aujourd’hui, mes frères se préparent à une bataille. Personne ne me demande rien. Je suis là. Immobile. Je contemple les collines. Je suis une Tsongor. Il est temps de vouloir. Moi aussi, je livrerai bataille. Ils sont deux à me réclamer comme un dû. Je ne suis due à personne. Il est temps de vouloir. »

 

Lecture commune organisée avec les participants du challenge Laurent Gaudé : angelebbStefieboun chocolat dans mon roman, …

 

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Editions Babel, 204 pages, 2005

Laver les ombres – Jeanne Benameur

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Léa a 38 ans. Elle est à la fois danseuse et chorégraphe. Plongée dans cet univers depuis sa tendre enfance, la danse représente pour Léa à la fois une passion et « une nécessité ». Chaque jour, elle danse à corps perdu afin de se retrouver, afin de garder un certain équilibre. Cependant, c’est un semblant d’équilibre car elle perçoit un vide immense, une inquiétude sans fin… Et puis surtout, quelque chose l’empêche profondément de s’investir dans chacune de ses relations amoureuses, et particulièrement avec Bruno, son petit ami du moment. C’est son amour, mais elle n’arrive pas à s’abandonner à lui, elle n’arrive pas à l’aimer réellement. Lui, il est peintre de l’immobile. Il réalise des portraits, des nus. Léa le sait : Bruno souhaiterait profondément qu’elle pose un jour pour lui… Mais quelque chose l’en empêche. Un après-midi, après avoir succombé à quelques verres de vins-chauds, Léa se sent prête à poser pour Bruno. Mais rien ne se passe comme prévu… Prise par l’angoisse, elle s’enfuit et Bruno, impuissant, ne la retient pas… Elle va alors chercher refuge chez sa mère, Romilda, qu’elle a appelée quelques heures plus tôt apprenant la tempête qui allait s’abattre sur son petit village. La mère qui s’est toujours tu, avoue alors à sa fille qu’il faut qu’elle lui parle… Romilda raconte alors comment elle est devenue Suzanne pendant la guerre dans cette maison close d’Italie pour Jean-Baptiste, le français pour qui elle a tout quitté…

 

Il y a quelques mois de cela, je tombais sous le charme de la douce écriture de Jeanne Benameur. Cette découverte m’avait émue, bouleversée… Je savais que cette rencontre ne serait pas la dernière (et là vos deux belles sœurs vous glissent au pied du sapin un livre de Jeanne Benameur…). Je crois même que j’ai pensé pendant un court instant que cette auteure était faite pour moi. Ses mots m’avaient transportée…
A nouveau, je suis tombée sous le charme de cette écriture ciselée, criante, envoûtante. Les phrases sont courtes, très courtes, les mots terriblement bien choisis. Il ressort de ces pages une poésie dont seule Jeanne Benameur a le secret. J’ai pris le temps de lire ce roman, pages après pages, sans me précipiter… Cinq petites pages par-ci, dix petites pages par-là… Je ne voulais surtout pas gâcher le plaisir de cette lecture, le plaisir immense de ré-ouvrir ce roman et de plonger dans un univers lointain.
Le livre aborde en parallèle onze tableaux qui nous permettent de connaître la vie actuelle de Léa, de Bruno, et le passé de Romilda. L’histoire de Léa, de Romilda, cette histoire de famille en somme, m’a fascinée, m’a transportée… Au premier abord, j’ai eu l’impression d’assister au désenchantement d’une famille perdue, sans grand amour. Les rapports de Léa et Romilda m’ont semblés si éloignés, si froids… Et puis, plus j’avançais dans ma lecture, plus je comprenais pourquoi cette impression-là était si tenace… Au final, je me suis aperçue que ma première impression était fausse, archi-fausse… Laver les ombres, c’est en fait une grande histoire d’amour entre deux êtres perdus dans la foule. C’est aussi un livre qui aborde le thème délicat de la vérité… Jusqu’où peut-on dire la vérité ? Est-ce qu’une fille peut tout apprendre de sa mère ? Est-ce que la parole permet de se reconstruire ?

 

En bref
Jeanne Benameur construit avec talent l’histoire de trois personnages dont la parole est devenue outil indispensable pour laver les maux, les douleurs qui les habitent… Un véritable coup de cœur… Et terrible hâte de découvrir un nouveau roman de cette auteure…

 

« Bruno, c’est son océan.
Si un jour il s’écarte d’elle alors il n’y aura plus rien pour relier son corps au monde et elle sera devenue une île. Inabordable. »

« Aimer, c’est juste accorder la lumière à la solitude.
Et c’est immense. »

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Babel, 157 pages, 2010

Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eux – Eric-Emmanuel Schmitt

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Je vous l’ai déjà dit : chaque livre écrit par EES est une sorte d’événement à ne pas manquer pour moi ! Et ça a été le cas avec Les dix enfants que Madame Ming n’a jamais eus. Cependant, j’ai eu l’occasion de le recevoir de la part de Un chocolat dans mon roman qui organise le challenge Eric-Emmanuel Schmitt (voir ici) grâce à son concours réservé aux participants. Un petit bonheur dans ma boîte aux lettres, merci encore !

 

Le narrateur de cet ouvrage est en voyage d’affaire en Chine. Sans attaches, célibataire et sans enfants, c’est un homme qui ne s’arrête jamais. L’une de ses technique pour signer des contrats avec ses négociants est de s’enfuir aux toilettes lorsque la situation se complique, afin d’enrager ses clients dans le but de les faire signer. C’est donc dans les sous-sols de l’hôtel où se déroule la négociation qu’il rencontre Madame Ming, dame pipi. Tous les deux engagent la conversation mais très vite, celle-ci débouche sur la famille, et plus particulièrement sur les enfants. Lorsque la femme lui raconte qu’elle a dix enfants, il n’en croit pas un seul mot ; tout le monde sait que la Chine a développé la politique de l’enfant unique ! D’autant plus que chacun de ses enfants semblent avoir un destin plus extraordinaire les uns des autres. A-t-elle réellement dix enfants ? Fabule-t-elle ? Tient-elle un centre d’adoption ? Est-elle une hors la loi ? Notre narrateur espère le découvrir !

Dans la lignée du cycle « Le cercle de l’invisible », Eric-Emmanuel Schmitt continue de nous envoûter avec des livres qui donnent au lecteur l’envie de se questionner un peu plus sur ce monde qui nous entoure dont le thème central est la spiritualité.
Même si La part de l’autre reste de loin mon livre préféré de cet auteur (je suis d’ailleurs en train de le relire), j’ai beaucoup aimé celui-ci malgré quelques réticences en entrant dans le livre. J’ai eu, en effet, l’impression d’entrer dans une énumération/description sur dix personnages dont on ne sait même pas s’ils sont réels ou pas. L’histoire tourne, au début, essentiellement là-dessus, ce qui m’a énormément déconcerté. Certes, le protagoniste se pose quelques questions intéressantes et pertinentes, mais ça s’arrête-là.
Et puis, petit à petit, l’auteur intègre dans le récit la vie du narrateur. On apprend alors qu’il la mène comme il l’entend, de manière quasi égoïste. Malgré tout, on peut apercevoir une certaine envie de changer de comportement, mais une peur importante prend le dessus. On apprend aussi qu’il voit une femme de temps à autre mais qu’il ne souhaite pas continuer cette relation car les engagements l’effrayent, qu’il n’a pas d’enfant, mais qu’ils les aiment cependant. J’ai aimé également « assister » aux questions que se pose le narrateur concernant la « vraie vie » de cette Madame Ming. Il pense au début que cette femme se fout de lui, s’énerve car il pense qu’elle le mène en bateau, puis accepte la situation car il se plait à parler avec la dame pipi. Pour moi, cette madame Ming apporte du rêve avec ses enfants aux destins uniques. Tous disposent de talents, de compétences loufoques, hors normes, inhabituelles.
Quant à Madame Ming, même si c’est une femme parfois agaçante par ses nombreux proverbes chinois alambiqués qu’il est parfois difficile de comprendre, je l’ai trouvée très attachante, parfois amusante. Elle nous montre avec philosophie sa manière de penser, de voir les choses. Elle les prend comme elles viennent, de manière fataliste et nous montre que dans chaque personne, il y a du bon et du mauvais. Et ceci, on le voit bien parmi les traits de caractère de ses dix enfants.
J’ai beaucoup aimé ce regard occidental porté sur le monde oriental et vice versa. EES pointe avec brio, sans critique la différence des cultures.
Comme à son habitude, Eric-Emmanuel Schmitt mêle philosophie, poésie et fluidité au sein de son œuvre et nous offre une jolie réflexion sur ces croyances qui donnent de l’espérance, de la force et une joie de vivre aux gens. C’est un roman sensible et empli de douceur…

 

En bref
J’ai passé un agréable moment avec ce petit conte qui nous en dit beaucoup sur la différence entre le monde oriental et occidental, même si le début m’a un peu ennuyé. A découvrir !

 

«  A la différence des Européens qui conservent des ruines gallo-romaines au coeur de leurs métropoles mais oublient Sénèque, qui visitent des cathédrales en délaissant le christianisme, les Chinois ne logent pas leur culture dans les pierres. Ici, le passé constituait le présent de l’esprit, pas une empreinte sur la roche. Le monument demeurait secondaire, d’abord comptait le coeur spirituel, gardé, transmis, vivant, incessamment jeune, plus solide que tout édifice. La sagesse résidait dans l’invisible, l’invisible qui s’avère éternel à travers ses infinies métamorphoses, tandis que le minéral s’effrite.  »

Les avis de Livrons-nousUn chocolat dans mon romanplume de cajou

 

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Albin Michel, 115 pages, 2012

Les mains libres – Jeanne Benameur

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C’est le premier livre que je lis de cette auteure, et je pense que ce ne sera pas le dernier. Après avoir lu l’avis élogieux de Noukette j’ai profité d’un bon à la FN*C pour me le procurer… Un livre dont on savoure chaque mot, chaque phrase, chaque chapitre….

 

Madame Lure est une femme transparente, une femme que l’on croise sans même la remarquer. Sa nature discrète l’a sans cesse poursuivie, et ce, même lorsqu’elle habitait avec son mari. Désormais veuve, Yvonne Lure mène une vie tranquille, ordonnée. Ses journées consistent à mettre en ordre l’appartement dans lequel elle habite, à ranger chaque chose à sa place, à voyager également… Car même si la vieille femme n’a jamais bouclé une seule valise, elle voyage grâce aux brochures touristiques qu’elle ne se lasse pas de regarder sur la table de sa cuisine. Ainsi, Yvonne entre dans les photographies, elle s’invente une vie, s’y voit heureuse….
Un jour, en faisant ses courses, Madame Lure surprend les doigts d’un jeune homme en train de voler. Elle décide alors de le suivre et découvre son habitation : un campement de fortune sous l’arche d’un pont. Il s’appelle Vargas et il est gitan. En rentrant chez elle, elle décide de lui faire un cadeau : elle se dirige dans le bureau de son défunt mari et pioche un livre au hasard dans la bibliothèque. Ce livre, c’est celui qu’il lisait avant sa mort. Yvonne ira déposer le livre devant la caravane du jeune homme… Entre eux, une relation magnifique va s’installer…

 

Dans ce livre, tout, absolument tout m’a plu… L’histoire est splendide, vraiment. L’auteur arrive à faire croiser le destin de deux personnes dont tout s’oppose. Les deux protagonistes ont cependant un point commun non négligable: tous les deux sont des êtres solitaires. Leur relation repose sur des silences, un livre, quelques mots échangés, des voyages grâce à l’accent du jeune Vargas. Leur lien est fort, presque indestructible, même si ces deux êtres ne se connaissent que depuis peu de temps. Chacun se construit grâce à l’autre, chacun semble apporter quelque chose à l’autre…
Les deux personnages m’ont beaucoup touchée par leur relation, par leur proximité, par leurs façons de vivre, par leur caractère. Yvonne m’a émue par ses formes de voyage, par sa manière d’être, de concevoir sa vie. Chez Vargas, j’ai aimé ce côté grand garçon, solitaire, vagabond…
L’écriture de l’auteur, quant à elle est juste sublime…. J’ai été happée, transportée, presque hypnotisée par ces mots…   Les phrases sont généralement courtes, les mots sont assez simples… Mais le tout forme un ensemble très poétique, très sensible, très tendre. L’histoire se savoure, lentement.

 

En bref
Avec une écriture magique, tendre, rare, Jeanne Benameur nous transporte dans un univers fait de solitude. Un coup de coeur? Je crois que ça y ressemble bien…

 

« Y’a t-il un signe dans le ciel qui indique que quelque part, dans une ville, au milieu de tant et tant de gens, deux êtres sont en train de vivre quelque chose qui ne tient à rien, quelque chose de frêle comme un feu de fortune, un feu de palettes, de bouts de bois, quelque chose qui s’arrime à la voix d’une vieille dame, à l’écoute grave d’un jeune homme qui rêve loin? Est-ce pour cela que tant de gens se rencontrent? Pour que de toute leur chaleur usée deux êtres fassent un feu? »

Les avis de NouketteClara et A propos des livres

Folio, 160 pages, 2005

 

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Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent… – Eric-Emmanuel Schmitt


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Voilà un bon moment que ce livre dormait sur ma PAL… Après avoir enchainé les romans d’EES, il me fallait une petite pause pour passer à autre chose… Ce livre avait pourtant sa petite importance, puisque c’est avec ce livre que j’ai pu rencontrer l’auteur lors d’une séance dédicace… Une jolie rencontre, qui m’a un peu fait peur… Que dire face à son auteur favori?
C’est la première fois que je lis un essai d’EES, et je dois dire que le bilan est très mitigé…

 

Ce livre se compose de deux histoires.
La première raconte l’histoire même d’Eric Emmanuel Schmitt. Après avoir écouté Beethoven en boucle pendant son adolescence, après avoir profondément aimé cet être, il s’est détourné de son compositeur préféré. Et puis un jour, lors d’une exposition de masque, Beethoven renvient dans la vie de l’auteur. Il se demande alors pourquoi il s’est détourné de ce compositeur.

 

Pour être totalement franche, ce premier essai m’a un peu (beaucoup?) laissée de marbre… Pourquoi? Parce qu’il s’agit de réflexions qui apparaissent au hasard, au fil du texte, de souvenirs de l’auteurs, mais aussi de descriptions de musique. Je crois que, tout simplement, je n’ai jamais ressenti pour personne ce que l’auteur a pu éprouver pour ce compositeur. Moi même, je n’écoute pas ce genre de musique… Certaines me font de l’effet, certes, mais c’est assez rare… Du coup, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre où Eric-Emmanuel Schmitt voulait en venir, pourquoi toute cette réflexion, …?
Par contre, l’écriture est absolument splendide, quoique plus complexe que les romans précédents de l’auteur. Ce dernier utilise une écriture beaucoup plus soutenue. Les mots semblent avoir été pesés, choisis… Autant vous dire que sans cela, je serais peut être passée à la seconde histoire…

La seconde histoire, la voici. Kiki est une femme sexagénaire, rayonnante, pleine de vie. Elle habite dans une maison de retraite et passe ses journées avec ses amies Rachel, Zoé et Candie. Un beau jour, dans une brocante, Kiki trouve un buste de Beethoven. Celle-ci est persuadée que cet objet lui fera entendre la musique du compositeur. Elle achète également un poste audio portatif afin d’écouter ses disques où qu’elle se trouve. Dans un jardin public, elle rencontre Babacar, un jeune homme qui n’écoute pas du tout ce genre de musique. Kiki l’initera au genre classique et tous les deux, grâce à la musique accompliront de belles choses… Kiki est également la seule à ne pas entendre la musique sortir du corps de Bethoven jusqu’au jour où quelque chose va changer sa vie…

 

J’ai préféré cette seconde lecture, moins intime, mais plus romancée aussi. Celle-ci m’a un peu plus parlée certainement pour les raison évoquée juste avant… C’est une lecture pleine de tendresse, d’émotion, avec quelques pointes d’humour. Avec Beethoven, Kiki va affronter de vieux démons, retrouver une forme de vie, faire de grandes choses. On peut voir à quel point ce compositeur à pu marquer cette femme, à quel point il a joué un rôle essentiel dans sa vie.
L’écriture de l’auteur, quant à elle, change du tout au tout. Elle se fait moins soutenue, plus souple, plus simple à lire aussi.

 

En bref
La première histoire m’a laissée de marbre; elle ne m’a pas parlée, pas émue, pas vraiment intéressée non plus. La seconde histoire est romancée. Elle m’a parfois touchée, fait sourire aussi… Un bilan plutôt mitigé, donc.

 

 » En art comme en flirts, il y a des êtres dont la fréquentation constitue l’antidote à l’amour qu’ils inspirent. « 

 

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Albin Michel, 184 pages, 2010