Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ? – Zidrou & Roger

https://i0.wp.com/p2.storage.canalblog.com/25/04/391377/90481571_p.jpg

Michel, à la suite d’un accident de voiture, garde de vives séquelles qui l’empêchent de mener une vie normale. Sa mère, depuis le décès de son mari, s’occupe alors de lui.
Avec son amour et sa bienveillance, Catherine fait en sorte que la vie son fils soit belle et ce, malgré son handicap.
Quelques scènes de vie prises ci et là… Quelques scènes qui nous permettent de comprendre la vie de Michel, 43 ans, et de Catherine, sa mère septuagénaire.
Les tricheries au Puissance 4, les lavages à répétition de son tee-shirt préféré, les locations de films X, le visionnage du dessin animé préféré de Michel font partie du quotidien de nos deux protagonistes. Et même si la vie ne les a pas épargnés, ils sont ensemble… Et c’est tout ce qui compte !

 

https://i1.wp.com/bdzoom.com/wp-content/uploads/2013/10/Roger-Zidroumichel2.jpgLe titre m’avait intriguée et puis, après avoir découvert l’avis de Noukette, je me suis empressée d’aller acheter cet album, qui, j’en étais persuadée serait fait pour moi…
Avant de partir réveillonner, je me suis blottie sous un plaid, et je me suis laissée bercée par le quotidien des deux protagonistes. On entre tout doucement dans cet univers délicat ; le lecteur n’est pas précipité. Par ailleurs, le choix pris par Zidrou de ne pas respecter une chronologie n’est que plus appréciable. Des brides de vie, des passages importants ou plus frivoles, présents ou passés, sont racontés au lecteur. Petit-à-petit, ce dernier comprend alors l’histoire de Michel, mais surtout, les conséquences de son accident sur l’ensemble de son entourage et principalement sur celui de sa mère.
Catherine ne vit pas la vie qu’elle devrait mener : elle vit à travers et pour celle de son fils. Elle n’ose pas s’éloigner de lui, s’inquiète en permanence pour lui. Son quotidien est lourd. Michel ne se rend pas compte de tous ses efforts. Alors, elle craque, s’énerve parfois, mais elle finit toujours par se ressaisir : car son grand fils a besoin d’elle. Cette mère courage m’a plusieurs fois donné la chair de poule. Sa force m’a impressionnée, et émue à la fois… Comment garder une telle solidité après de telles épreuves ?
Entre les deux protagonistes, il y a bien sûr une immense histoire d’amour, et une force incroyable qui se dégage. Mais pour Catherine, il y a aussi une question d’obligation, de fléau. Catherine est obligée de subir les humeurs de son fils sans jamais s’énerver. Elle accepte tout, ou presque pour que son fils ne manque de rien.
La question du handicap est ici traitée de manière intéressante. Sans pathos, le lecteur est confronté à la réalité telle qu’elle se présente, sans cacher certains détails. La sexualité, les rapports humains délicats, les acceptations difficiles sont abordées dans cet album, donnant une piste de réflexion à son auditeur.
Zidrou et Roger nous offrent alors une histoire pleine de force, d’amour, d’humour, d’amertume, de tendresse, de complicité. Ces deux personnages m’ont donné chaud au cœur, et m’ont aussi émue à souhait. On avance dans cet album le cœur serré, mais aussi le sourire aux lèvres tant l’histoire est belle.  Côté dessins, je suis restée bluffée par ces planches colorées, détaillées, en adéquation avec l’histoire qui nous est proposée.
Un album magnifique, à mettre entre toutes les mains !

 

topbd_2013Top BD d Yaneck : 19/20

(2/6)

Dargaud, 56 pages, 2013

Publicités

Rouge argile – Virginie Ollagnier

https://i2.wp.com/www.livraddict.com/covers/55/55532/couv27552796.jpg

A la mort de son second père, Egon, Rosa, quarante deux ans, retourne dans la maison familiale au Maroc. Cette maison, elle l’avait quittée il y a vingt ans de cela, dans les années cinquante, pour y effectuer un beau et heureux mariage en métropole. Depuis, elle n’y venait que très rarement, pour des vacances.
Alors qu’elle doit faire le tri à Serjâa, (la demeure de ses parents) avant de la revendre, Rosa se replonge dans les souvenirs qui ont marqué sa vie, sur les relations qu’elle a entretenu avec ceux qui ont vécu ici : sa nourrice et conseillère, son premier père dont elle garde finalement assez peu de souvenirs, son second père avec qui elle aura entretenu une relation fusionnelle, sa mère, sa tante volubile…
Alors bien sûr, chaque pièce, chaque tiroir ouvert fera remonter en elle de profondes émotions.
Mais Serjâa lui révèlera également bien d’autres secrets qui vont très vite la remettre en question…

 

Rouge argile est ma seconde lecture faite dans le cadre de notre club lecture ayant pour thème les souvenirs d’enfance.
Avant de l’ouvrir, j’avais beaucoup d’attentes par rapport à ce livre : il dormait depuis un sacré moment sur ma PAL sans que j’ai trouvé le moment de le lire… Et puis surtout, l’histoire se passe au Maroc… Pays de mon cœur, pays de mes rêves.
L’ambiance de ce pays, je l’ai retrouvée à chacune des pages… L’auteure nous fait découvrir de manière olfactive, visuelle, sensorielle les paysages, les places de Fez. On retrouve la chaleur, la convivialité des marocains. On est très vite plongé dans cette ambiance, bien différente de la nôtre, on a l’impression merveilleuse de voyager, d’y être, de visionner chaque élément mentionné. Et pourtant, l’auteure a le don de n’utiliser aucun stéréotype, aucune image erronée de la réalité.
Les premières pages de ma lecture se sont tournées tout en douceur. On trouve quelques lenteurs, c’est vrai, mais je n’ai pas trop souffert de cela. J’ai même plutôt ressenti un besoin de temps pour m’imprégner, pour bien imaginer, visualiser ce que Virginie Ollagnier voulait nous transmettre. Par contre, la fin s’accélère. Le lecteur est pris dans un tourbillon de révélations concernant la famille de Rosa. Ces révélations feront prendre à Rosa un tout nouveau départ, une certaine émancipation.

En bref
Roman nostalgique, puissant ; l’histoire est belle, mais je crois qu’elle sera très vite oubliée. Par contre, mon moment de lecture, lui, restera agréable et plein de sensibilité.

 

 « Elle ne voulait pas attendre à l’extérieur de la gare, mais dedans, là où les retrouvailles et les séparations s’exprimaient le mieux. Le quai, agité par les attentes mêlées de ceux qui partaient et ceux qui patientaient, bruissait de murmures, de soupirs ou d’éclats de rire. C’était ça qu’elle était venue chercher, cette proximité. Elle pouvait se plonger dans les joies des autres, ou dans leurs tristesses, sans que cela lui appartienne. Le plaisir et la peine s’offraient à tous. Elle aura pu pleurer tout son saoul dans les bras d’inconnus venus à son secours. A Paris, elle avait pleuré seule. »

 

Editions Liana Lévi, 214 pages, 2011 

Room – Emma Donoghue

https://i2.wp.com/www.livraddict.com/covers/55/55035/couv70347778.gif

Jack a cinq ans aujourd’hui. Il le fête modestement dans la chambre, avec sa maman, seule personne qu’il a et qu’il connaît « en vrai » sur cette planète. De temps en temps, Grand Méchant Nick, leur ravisseur, vient leur rendre visite, la nuit, pour leur apportez des provisions ou pour abuser sexuellement de sa maman… Mais lui, il n’a pas le droit de le voir : lorsqu’il entend le « bip bip » de la porte, il doit se cacher dans « petit dressing ».
Voici la vie que mènent Jack et sa maman, et ce, avant même la naissance de Jack. La mère essaye depuis cinq ans de montrer à son fils que le monde se résume à ça, à cette chambre de trois mètres sur trois mètres. Elle ne souhaite pas lui montrer un monde inaccessible. Et le petit Jack pense que ce qui se passe dans la télévision n’est qu’irréel. Seulement voilà, la mère n’en peut plus. Elle est épuisée mentalement et physiquement. Ils doivent trouver une solution pour s’échapper de là… Il leur faut un plan.

 

Depuis la sortie de ce livre, je voulais le lire. Alors autant vous dire que j’en attendais énormément… Et franchement, je ne suis pas déçue ! Je crois même que ce livre m’a mis une énorme claque, m’a fait prendre conscience de beaucoup, beaucoup de choses.
Et pourtant, on ne peut pas dire que ce livre m’ait énormément emballée, au début… Tout est calme, plat. Les journées se ressemblent, ou presque. Il ne se passe rien et finalement, je me demandais, mais quand, quand ce livre va commencer ? Et puis le petit Jack m’a parfois vraiment, vraiment agacée avec toutes ses questions, cette manière d’humaniser les objets de son quotidien… Ajoutons à cela que l’histoire nous est racontée par le petit garçon. Très vite, on se plonge entièrement dans l’histoire. Quelques petites fautes de vocabulaires ou de syntaxes apparaissent par-ci ou par-là et donne une réelle profondeur à l’histoire. Lorsque je me suis prise au jeu, j’ai eu envie d’aller jusqu’au pour voir comment cette salle histoire allait se terminer. Et qu’est-ce que j’ai bien fait ! Ce livre est simplement un petit concentré d’émotions à l’état pur. J’ai été émue, en colère, amusée (parfois),…
Au fil des pages, j’ai eu l’impression de vivre en temps réel chaque action, chaque émotion des personnages. Je me suis attachée à eux, à leurs petites habitudes, à cette routine, à ce huis-clos. J’ai tourné les pages en apnée, hypnotisée par cette histoire folle.
J’ai été impressionnée par le courage de cette maman, par son inventivité, par sa création au quotidien, afin de donner à Jack une vraie vie, une vraie éducation. L’auteur nous propose également de vrais échanges, profonds. Ça m’a surprise et impressionnée à la fois, parce que les mots sont souvent directe, mais bien choisis pour expliquer à un enfant le monde qui l’entoure. Et puis, il ressort de cette histoire un amour profond, un questionnement sur la maternité. Et surtout… Une grande leçon d’optimisme. Je pense que chacun peut tirer sa propre morale de cette histoire… Pour ma part, je pense que ce livre m’en aura beaucoup, beaucoup appris.

 

En bref
Une claque absolue ! Captivant, inquiétant, brutal, optimiste, émouvant, magnifique. Autant d’adjectifs pourraient qualifier ce roman étonnant. A lire impérativement !

 

« Mon corps, je crois qu’il est à moi comme les idées dans ma tête. Mais mes cellules sont faites avec ses cellules alors c’est un peu comme si j’étais à elle. Et aussi quand je lui dis mes pensées et qu’elle me dit les siennes, nos idées de chacun se mélangent dans nos deux têtes comme si on coloriait au crayon bleu par-dessus le jaune pour faire du vert. »

 

Les avis de NouketteStéphieClara et Bricabook

Editions Stock (La cosmopolite), 400 pages, 201

Le goût des pépins de pomme – Katharina Hagena

Voilà un livre qui était depuis bien longtemps dans ma PAL, mais que je n’ai jamais eu le courage de sortir… Parce que, même si ce livre était de partout en tête de gondole, j’ai pu lire des avis très divers sur ce roman et du coup, j’ai un peu perdu l’envie de le lire. Heureusement, Livraddict est là. Lors du challenge proposé par le forum (voir article ici), Carnet de lecture m’a proposée cette lecture parmi deux autres… C’était son heure. Et finalement, je n’en suis pas mécontente car j’ai passé un doux moment de lecture.

 

A la mort de Bertha, ses trois filles, Inga, Harriet et Christa, se retrouvent dans la maison de famille située à Bootshaven pour de la lecture du testament. A leur grande surprise, cette fameuse maison revient à la fille de Christa, Iris. Cette dernière est face au mur et doit se décider assez rapidement pour savoir ce qu’il adviendra de la maison familiale. Seulement voilà, Iris est jeune, elle bibliothécaire à Fribourg. Elle aime son métier et ne souhaite pas le quitter de ci peu. Elle semble donc décider à ne pas garder cette maison. Cependant, en se promenant dans les diverses pièces, dans le grand jardin, dans le poulailler, ou bien même dans Bootshaven, Iris doute car cet endroit lui est cher, lui offre plein de souvenirs. Et puis, au sein de ce village habite Max, le frère de son amie Mira. Ce dernier est également l’avoué de la famille, mais entre eux une seule relation professionnelle n’est pas envisageable…

 

J’ai trouvé le début de ce récit très mou, parfois même ennuyeux. En effet, il ne se passe pas grand-chose. On entre dans une profusion de souvenirs, mais de façon si rapide qu’on ne sait pas vraiment de qui il est question, ni de quoi il est question. Ces souvenirs arrivent de partout, en vrac, et m’ont parfois égarée de ma lecture. L’écriture de l’auteure n’aide pas non plus à comprendre l’enchaînement de l’histoire car les phrases sont très lourdes, et parfois, je pense, mal traduites.
Et puis, je ne sais pas ce qu’il s’est passé, je me suis laissée prendre au jeu et j’ai aimé découvrir l’histoire de cette famille dans laquelle les femmes jouent un rôle primordiale, entrer dans cette histoire qui narre la vie de femmes sur trois génération. Ces souvenirs, qui au début me laissaient de marbre m’ont finalement beaucoup intriguée, m’ont moi-même apportés quelques souvenirs à coucher sur une feuille de papier. On entre dans la vie de ces femmes de manière discrète, mais précise, on apprend à les connaître très succinctement, sans trop s’y attacher et on découvre des histoires, des secrets de famille. La narratrice glisse, avec malice, beaucoup d’indices, de suspens dans sa narration, si bien qu’on a très vite envie de savoir, d’aller jusqu’au bout. Ce livre offre également beaucoup de détails sur l’environnement de la narratrice, si bien que le lecteur a presque l’impression de suivre Iris dans les moindres recoins de la maison ; on a l’impression d’entendre le bruit du bois qui grince, de sentir cette bonne odeur de compote sur le feu, d’assister au déguisement d’Iris et de ses amies, de se promener dans le verger… Ces descriptions se font sans lourdeur, avec beaucoup de délicatesse, et avec un grand sens du détail qui impressionne.
Le tout prend donc une forme douce, nostalgique, mélancolique avec une écriture poétique et bien menée. Finalement, on regretterait presque de ne pas aller plus loin dans tous ces souvenirs, que l’histoire se termine si vite, que l’épilogue soit si rapide…

 

En bref
Le goût des pépins de pomme est un livre à l’écriture touchante, sensible, qui nous amène au cœur des souvenirs de la narratrice, Iris. La profusion de détails donne l’impression au lecteur d’être tout prêt de cette dernière. C’est un livre avec lequel on passe un moment plein de douceur.

 

« A partir d’une certaine quantité de souvenirs, chacun devait finir par en être saturé. L’oubli n’était donc lui-même qu’une forme de souvenir. si l’on n’oubliait rien, on ne pourrait pas non plus se souvenir de quoi que ce soit. Les souvenirs sont des îles qui flottent dans l’océan de l’oubli. Il y a dans cet océan des courants, des remous, des profondeurs insondables. Il en émerge parfois des bancs de sable qui s’agrègent autour des îles, parfois quelque chose disparaît. Le cerveau a ses marées. Chez Bertha, les îles avaient été submergées par un raz-de –marée. Sa vie gisait-elle au fond de l’océan ? »

 

Le livre de poche, 285 pages, 2011

L’été 79 – Hugues Barthe

https://i1.wp.com/www.bdnet.com/img/couvpage/66/9782841115662_cg.jpg

Après une courte pause, je reviens avec la première BD du mercredi du mois de juin. Et cette BD, elle me faisait de l’œil depuis un temps fou… Pour la petite histoire: un vendredi soir, je jette un coup d’œil aux partenariats de livraddict et je tombe sur L’été 79 qui m’a tout de suite intriguée, intéressée… J’avais envie de lire cette histoire, bref, j’ai participé au partenariat. Et quelques jours plus tard, « hô joie » je découvre que j’ai été sélectionnée. Malheureusement, il y a eu un petit problème dans l’envoie du livre et je me suis retrouvée avec La reine du Yangzi (tome 2), que je n’ai toujours pas lu d’ailleurs. L’envie de lireL’été 79 était toujours aussi forte, mais ma carte bleue criait famine… Heureusement, elle était à la bibliothèque… J’ai adoré, et j’aurais été déçue de passer à côté!

 

Hugues vit à G., un petit village à la campagne. Il est l’aîné de trois garçons, et a tout juste douze ans. A G., sa vie a pris une drôle de tournure : son père boit plus qu’à l’accoutumée et il se met à battre sa mère. Il passe des journées entières au bistrot du coin et n’en rentre que la nuit. Tout le monde, au sein de G., est au courant de ce qu’il se passe, mais tous les habitants font comme s’ils ne voyaient rien. Même la police n’agit pas car le père d’Hugues fait ami ami avec eux… Pour ne pas entendre les disputes entre ses parents, Hugues préfère passer le plus de temps possible chez sa grand-mère qui habite à côté. Et le soir, lorsque les querelles se produisent, il se réfugie dans sa chambre, son walkman vissé sur les oreilles, le son au maximum pour ne rien entendre. Tous pense que sans ce père alcoolique la vie serait bien plus belle… C’est pourquoi, la mère d’Hugues lui demande au cours de cet été 79 de tuer son père. Cette requête lui fait poser un tas de questions auxquelles il n’arrive pas à répondre… Jusqu’au jour au son père ramène un fusil. Là, il est temps de fuir !

 

L’histoire n’est pas gaie, mais lorsque j’ai appris qu’il s’agissait d’une bibliographie… Ca m’a pris aux tripes, ça m’a encore plus émue, plus captivée. Je l’ai lue d’une traite, comme en apnée, avec une violente envie d’aider le jeune Hugues auquel je me suis énormément attachée. C’est un personnage introverti, réfléchi, courageux. Hugues est très émouvant car il nous montre avec son regard d’enfant-adolescent comment il a vécu cette période de sa vie. Je trouve cette BD très courageuse, certainement nécessaire à l’auteur, comme c’est souvent le cas pour les autobiographies. Voilà, vous l’aurez compris, j’en ressors bouleversée, admirative, et j’ai aussi envie de connaître la suite car suite il y aura. L’été 79 est un coup de cœur dont je me remets très doucement…
Contrairement à certains livres autobiographiques, je n’ai pas eu cette impression de voyeurisme… Peut-être parce que je ne l’ai su qu’après avoir refermé ce roman graphique… Mais aussi parce que malgré ce qui est raconté, l’auteur garde une certaine distance, une certaine pudeur. Aucun nom de village n’est cité, peu de personnages sont appelés par leurs nom/prénom, les dessins restent neutres…
J’avoue ne pas être très fan de ces dessins très naïfs, simples (j’entends par là sans détails), entièrement en noir et blanc. Cependant, ce choix de couleur se prête très bien à la thématique abordée, je trouve. Moi, j’aime quand il y a de la couleur, même très sombre, tant que celle-ci exprime ou représente quelque chose. Là il n’en est rien. Mais en lisant L’été 79 on apprend que ce choix-là, il l’a pris lors de ces douze ans. On apprend qu’il souhaitait déjà faire dessinateur de bandes dessinées, et que son genre sait naïf. Savoir ce qu’on va faire de sa vie à 12 ans de manière aussi précise, et s’y tenir, je dis chapeau ! Malgré tout, dans ces dessins, j’ai aimé la poésie qui s’en dégage, ainsi que ces multiples images, métaphores.
Malgré cette histoire sombre, je n’ai pas trouvé beaucoup de pathos là-dedans. En effet, l’auteur y introduit des lueurs d’espoir de temps à autres. Hugues a des envies d’ailleurs, des envies de grande personne, des envies de fuir…
En espérant lire très vite L’automne 79

 

En bref 
L’été 79 est une BD courageuse, qui prend aux tripes, qu’on lit en apnée, complètement happé par cette histoire tragique. Même si les dessins ne m’ont pas transcendée, j’ai su trouver en eux de très belles métaphores. A découvrir…

https://i0.wp.com/img.over-blog.com/440x600/1/83/30/54/BD-4/ete-79-05.jpg

 

 

BD-du-mercredi

chez Mango

 

Editions Nil, 136 pages, 2011

Enola Game – Christel Diehl

https://i2.wp.com/www.chaplum.com/wp-content/uploads/2012/02/enola_game.png

Il y a quelque temps, Noukette proposait un superbe avis sur Enola game. Alors forcément, quand elle a décidé d’en faire un livre voyageur, je n’ai pas su résister. D’autant plus que la plupart des chroniques que j’ai pu lire sur la blogosphère donnaient des avis très positifs, voire même élogieux. Bref, je ne pouvais pas passer à côté de ce roman.

 

Après une catastrophe non énoncée clairement (Accident nucléaire ? Guerre mondiale ? Conflit civil ?), une petite fille de quatre ans et sa mère vivent recluses dans leur maison. Pour elles, il est impossible d’en sortir : des « cosmonautes » armés de mitraillettes sillonnent leur rue à bord de tanks en leur dictant de ne prendre l’air sous aucun prétexte. Régulièrement, ceux-ci  leur distribuent des vivres : nourriture et eau. A l’intérieur, c’est le néant : pas d’eau, pas d’électricité et bien sûr, il n’y a aucun moyen de communiquer avec le monde extérieur. Ce manque d’information est d’autant plus dur que la mère n’a aucune nouvelle de sa fille ainée et de son compagnon. Alors, il faut s’occuper car les journées sont longues. Mais surtout, la mère ne doit pas perdre la face devant sa petite fille, elle ne doit pas s’effondrer. Elle fait alors tout comme si « Enola Game » ou la « grande lumière » – manière dont la mère et la fille surnomme cet évènement – n’était qu’un jeu passager…

 

En ce moment, j’ai peu de temps pour moi, et notamment peu de temps pour lire, car mes partiels arrivent à grand pas. Mais aujourd’hui, j’avais besoin d’une petite pause. J’ai commencé à lire doucement ce livre, et ce, jusqu’à ne plus pouvoir en sortir. Car, oui, ce huit-clos est vraiment prenant. En fait, il prend à la gorge, il nous happe très profondément, nous entraîne dans une atmosphère angoissante, pesante. Et je pense que si ce récit m’a autant emportée, c’est parce qu’on ne sait pas vraiment quel genre de catastrophe la mère et la petite ont vécu. Et puis, la petite n’a que quatre ans et cela m’a, en fait, profondément bouleversée. Il lui reste tant de chose à découvrir, sa santé semble plus ou moins fragile, et finalement, je me suis surtout préoccupée du sort de l’enfant.
La mère, elle, est d’un courage infini, malgré ce qu’elle semble en penser. Elle s’efforce de tout faire pour rendre leur quotidien supportable, agréable même. Elle fait preuve d’énormément d’imagination pour que la petite ne manque de rien, ne s’ennuie pas. Pour cela, elle lui livre des souvenirs d’enfance, des souvenirs agréables qui semblent revenir comme des madeleines de Proust. Elle lui construit des tentes imaginaires, célèbre les quatre ans de la petite malgré la pénurie qui semble inévitable. La mère écrit aussi des histoires à la petite, elle qui n’avait jamais pris le temps d’écrire auparavant. Elle joue avec l’enfant à des jeux qu’elle-même n’a jamais aimés. Elle prend le temps de relire les livres qui l’ont profondément marquée, ces « éditions de poche tellement usées qu’elles ont une douceur veloutée ».
C’est également un récit qui offre une grande réflexion sur notre monde actuel : l’être humain ne semble prendre le temps de rien. Celui-ci ne semble pas se rendre vraiment compte de ce qui importe vraiment. La société de consommation nous incite à penser que ce que nous possédons crée notre bonheur, mais ceci n’est qu’illusoire. On voit également que notre vie est bien fragile, et que semble être suspendu à un fil invisible et qu’à tout moment tout peu basculer. Finalement, comme Christel Diehl le dit si bien, « que reste-t-il quand il ne reste rien ? ».
Et puis, l’histoire est d’autant plus belle parce que l’écriture de l’auteur est simplement fascinante. Chaque mot est pesé, choisi. Sa plume est très poétique, pleine de douceur, mais elle reste cependant assez hachée. L’auteure a un réel talent d’écriture, et son premier roman est une petite merveille.

 

En bref
Une lecture poignante, émouvante, mais aussi pleine d’espoir dont on ne ressort pas indemne. l’écriture de l’auteure est juste sublime. Enola game est un roman à découvrir !

 

« Depuis quelques jours, des avions passent au-dessus de leurs têtes et font trembler les vitres. Des explosions retentissent. La mère évoque des feux d’artifice. La petite dit : ça dure longtemps, le Carnaval, cette année. »

 

Les avis de: CajouStéphieClaraNoukette, …

 

Editions dialogues, 114 pages, 2012

Le soleil des Scorta – Laurent Gaudé

Voilà encore un livre qui est resté sur le haut de ma PAL pendant un bon moment. Et maintenant, je me demande pourquoi je ne l’ai pas sorti plus tôt… Mais je suis aussi contente de ne pas être passée à côté de ce superbe récit. Non vraiment, c’était super !

 

La lignée des Scorta est maudite… D’ailleurs, à Montepuccio, un petit village du sud de l’Italie, tout le monde les méprise. En effet, la lignée des Scorta est née du viol et du péché. Cette famille vit modestement, voire même pauvrement, mais ils se sont cependant jurés que de génération en génération, le peu d’argent qu’ils possèdent seraient transmis aux leurs. Les Scorta n’ont rien en dehors de leur modeste bureau de tabac familial qu’ils ont pu obtenir avec « l’argent de New-York », mais malgré tout, leur vie leur convient, car ils sont des Scorta, ce qui représente pour eux une fierté.

 

Quelle chouette lecture ! J’ai eu un véritable coup de cœur pour cette superbe chronique familiale dans laquelle l’honneur et la fierté d’être un Scorta prime avant toute chose.
Quelques pages lues dans un tram, et Monsieur Gaudé m’avait emmenée loin, au sud de l’Italie, pays que j’affectionne tout particulièrement parce qu’il est celui de mes origines. Sans aucune sorte de cliché, j’ai reconnu ces mots, cette manière de vivre qui me passionne tant, cette fierté, ces plats italiens qui ont éveillés mes papilles… L’auteur a un réel don d’écriture : il sait décrire les choses comme si on y était et pourtant, paradoxalement, il y a peu de descriptions de paysages, de plats, des personnages…
J’ai aimé suivre l’évolution des Scorta de 1870 à nos jours, j’ai aimé découvrir chaque génération, chaque personnage. On lit des moments de joie, des moments de bonheur tout simples comme partager un repas, mais aussi beaucoup, beaucoup de malheurs. Mais les Sorta ont la rage de vivre. Ils sont prêts à n’importe quoi pour survivre. Tout semble très réel, tant réel que je me suis même demandée si cette histoire en était vraiment une. Les personnages eux aussi semblent réels, proches. Et pourtant, les personnages sont réellement durs, distants…
L’écriture de l’auteur est à la fois fluide, simple et poétique. Les phrases sont courtes, elles vont droit au but.
J’avais envie que l’histoire continue encore et encore, car l’histoire des Scorta est passionnante et palpitante.  Je pense réellement que ce ne sera pas le genre de livre que j’oublierais… En tous cas, c’est déjà un roman que je partage avec joie.

 

En bref
Un gros coup de cœur pour cette histoire de famille qui m’a passionnée, qui m’a fait voyager… Un livre à découvrir, vraiment !

 

« Il fait trop beau. Depuis un mois, le soleil tape. Il était impossible que tu partes. Lorsque le soleil règne dans le ciel, à faire claquer les pierres, il n’y a rien à faire. Nous l’aimons trop, cette terre. Elle n’offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d’entre nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil, Elia. Sa chaleur, nous l’avons en nous. D’aussi loin que nos corps se souviennent, il était là, réchauffant nos peaux de nourrisson. Et nous ne cessons de le manger, de le croquer à pleine dents. Il est là, dans les fruits que nous mangeons. Les pêches. Les olives. Les oranges. C’est son parfum. Avec l’huile que nous buvons, il coule dans nos gorges. Il est en nous. Nous sommes les mangeurs du soleil. » 

 

Editions Babel, 284 pages, 2006