Les vaches de Staline – Sofi Oksanen

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J’ai pu lire ce roman en partenariat avec les matchs de la rentrée de PriceMinister. Je les remercie donc.

J’avais beaucoup aimé la plume de Sofi Oksanen dans Purge, j’ai voulu me relancer dans un livre de cette auteure. Mais cette fois-ci, le bilan est assez mitigé…

 

Dans les années 70, Katariina, une Estonienne, rencontre un jeune Finlandais, se marie avec lui et part vivre avec dans son pays. La jeune femme quitte alors sa famille et cache alors à tout le monde ses origines afin d’être acceptée, afin de taire les peurs et les souffrances vécues sous l’ère soviétique.

Plus tard, elle interdira à sa fille, Anna, de parler à qui que ce soit de ses origines Estoniennes, mais aussi à parler cette langue. Katarrina impose également à sa fille de se comporter comme « une vraie finlandaise ». Mais ceci provoque un profond malaise en elle. Elle devient alors boulimique et anorexique, condamnée à compter les kilos, les calories, et à trouver les moyens les plus judicieux pour se faire vomir. Elle cherche alors à comprendre son passé, à comprendre ce qui a provoqué ce malaise.

 

On retrouve dans ce roman beaucoup de récurrences avec Purge. Ce sont tous les deux des romans à la lecture difficile, marqués par l’histoire de l’Estonie et entrecoupés de flash back incessants. Et encore une fois, je me demande vraiment comment vous parler de ce livre, que dire de ce livre quasiment autobiographique.

Anna raconte son histoire à la première personne du singulier, mais utilise parfois aussi la troisième personne. Pour comprendre son passé, elle a recours à des flash-back qui nous aident à comprendre son histoire, ce qu’elle a vécu. Et puis, on apprend également l’histoire de sa mère, Katariina, qui est écrite à la troisième personne du singulier. On apprend également l’histoire de leur famille sous l’occupation soviétique, les dénonciations, la jalousie des autres familles…

Il n’est donc pas toujours facile de se repérer dans cet ensemble de personnages, de savoir de qui il est question dans telle ou telle partie du livre. Et puis, je dois l’avouer, ces flash back m’ont parfois vraiment agacée, et j’estime que certains n’étaient pas forcément nécessaires à la compréhension de l’histoire… Au contraire même! Rien n’est linéaire. On passe des souvenirs de Katariina enfant, puis d’Anna enfant, puis de Katariina jeune mariée… Et puis, en plus de ces nombreux flash back, il y a aussi beaucoup, beaucoup de longueurs, de répétitions…

Cependant, l’histoire d’Anna m’a particulièrement touchée, intéressée parce qu’à certains moments je me suis reconnue en elle, lorsqu’elle raconte cette enfance envolée si vite, l’ingratitude des autres enfants… Et puis, j’ai été touchée par cette maladie atroce, qui cause beaucoup de mal.

Lorsque l’auteure parle de la boulimaxerie (mélange de boulimie et d’anorexie), on ne peut douter de ses propos tant tout semble avoir été vécu, tant tout est bien décrit… On ne lit pas ceci avec légèreté… Non, les propos de l’auteure sont durs, choquants, troublants, poignants aussi… Je dirais que c’est en partie pour cela que j’ai choisi ce livre. Parce que j’aime énormément la plume de cette auteure… Directe, torturée, parfois aussi poétique.

 

En bref
J’ai été impressionnée par l’histoire d’Annna, par les ravages de sa maladie. Et je pourrais même dire que j’ai apprécié son histoire même si elle est douloureuse, triste, dure, … Mais pour moi, ce roman a été réellement difficile à lire. Il reste cependant  intéressant puisqu’il raconte un pan de l’histoire qui n’est pas vraiment connu (enfin pour ma part!).

 

« Je voulais manger les tartines qu’il me préparait pour le matin et faire des baisers salés qui avaient un goût de mer et d’amour. Mais je ne voulais pas entendre ces éternelles questions, encore et toujours, elles venaient immanquablement rompre le charme, et après chaque vague de questions j’avais besoin d’assez de pain de mie et de marmelade pour trouver la force de retourner chez Hukka, d’assez de frites à la mayonnaise pour venir à bout de l’oppression dans ma poitrine, la dissoudre dans la crème fraîche. »

 

Editions Stock (la Cosmopolite), 2011, 513 pages

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Purge – Sofi Oksanen

J’ai reçu il y a peu de temps les Vaches de Staline et du coup j’ai voulu relire Purge, afin de me replonger dans cet univers. J’avais vraiment apprécié la première lecture, mais j’avoue que la seconde n’a fait qu’amplifier mon ressenti…

 

En 1992, alors que le communisme vient de s’effondrer, l’Estonie devient libre et indépendante.

La vieille Aliide Tru vit dans ce pays, terrée dans sa maison, au fin fond de la campagne, où elle craint les pillages.

Et puis, un beau jour, Zara vient perturbée son existence si tranquille… En effet, une jeune femme se trouve dans son jardin, évanouie et sale. Zara apprend à la vieille femme, dans un ancien estonien, qu’elle fuit un homme qui la terroriser complètement. Aliide la recueille, au début avec une certaine méfiance, et petit à petit, les deux femmes commencent à parler de leur passé respectif, de leurs vies respectives. Ce passé qui éveillera des souvenir douloureux aux deux femmes, bien que leurs vies soient différentes. Et puis surtout, Aliide l’ignore, mais ces deux femmes sont liées par le sang.

 

Je viens de terminer ce livre et je me demande vraiment comment je vais pouvoir vous en parler, tant ce récit est complexe, mais aussi fort.

C’est un livre qui se tisse au fur-et-à-mesure, avec cinq parties bien distinctes.

On tombe ainsi dans un huit-clos totalement passionnant, intriguant mais aussi un peu angoissant et parfois complètement glauque. En effet, tout le long du livre,on découvre via des flash back les violences que des hommes leur ont fait subir. On passe d’un niveau de langue commun à familier, voire même vulgaire, ce qui est parfois vraiment déroutant. On tourne aussi les pages en se demandant quel lien peut vraiment unir ces deux femmes qui ont pourtant l’air si différentes l’une de l’autre.

On apprend le passé d’Aliide l’histoire de l’Estonie pendant et après la guerre, mais aussi les interrogatoires, les violences faites aux femmes et aux petites filles. C’est une partie de l’histoire qui m’était totalement inconnue. On apprend aussi que cette femme a joué un double jeu toute sa vie car elle était secrètement amoureuse d’Hans le mari de sa sœur Ingel. Elle a du vivre avec eux et leurs roucoulements, puis avec lui et son envie de revoir sa femme et sa fille. On découvre les envies d’Aliide, ses espoirs de vivre avec Hans, sa vie avec son mari Martin.

Le passé de Zara n’est pas bien plus heureux… La jeune femme part vivre en Allemagne en espérant faire fortune, mais elle tombe dans la prostitution. Ses flash back racontent les violences des clients, de son proxénète. Les mots sont vrais, durs, criants. Mais ces flash back parlent également de sa vie avec sa mère qui semble sans cœur et sa grand mère perdue dans son passé.

On s’accroche à ces deux personnages qui sont à la fois complexes, pudiques, ou intrigantes. Mais j’avoue que j’ai eu un petit coup de cœur pour Zara quand même… Peut être parce qu’Aliide est une femme pudique et qu’il faut parfois interpréter ses paroles, ses gestes…Alors qu’avec Zara tout est clair aussi bien dans son comportement que dans ses pensées.

Je dirai que le seul point négatif de ce roman, c’est sa complexité… Je pense qu’un petit rappel historique ne fait pas de mal avant de se lancer dans ce récit. De plus, la fin m’a un peu déçu, et notamment ces rapports top secrets qui sont un peu ennuyeux…

 

En bref
Malgré tout, Purge est un livre complexe mais il mérite d’être lu! L’écriture de l’auteure est absolument géniale, et je pense qu’il n’y a pas d’autres mots!

 

« Il faut que j’essaye d’écrire quelques mots, pour ne pas perdre la raison, pour garder l’espoir d’aplomb. Je cache mon cahier ici, sous le sol du cagibi. Afin que personne ne le trouve, quand bien même on me trouverait, moi. Ce n’est pas une vie. L’être humain a besoin de ses semblables et de quelqu’un à qui parler »

 

Editions Stock (La Cosmopolite), 408 pages, 2010