Le palais de minuit – Carlos Ruiz Zafòn

J’avais aimé le premier tome de cette trilogie (voir ici), il fallait donc que je découvre la suite… Et cette dernière m’a surprise, mais m’a aussi un peu déçue même si j’ai aimé cette lecture.

 

Ben et Sheere, deux jumeaux, n’ont pas eu la vie facile. Dès leur naissance ils ont été séparés car tous deux courent un très grand danger. En effet, un homme a juré de les retrouver et de les tuer dès qu’ils auront atteint l’âge de seize ans. Cet homme, c’est Jawahal.
Sheere a donc passé son enfance à fuir ce meurtrier avec sa grand-mère, Aryami. Elles ont parcouru de nombreuses villes, sous l’emprise de cette menace. De ce fait, Sheere n’a jamais eu d’amis, n’a pu s’attacher à quelqu’un d’autre qu’à sa grand-mère. Ben, quant à lui, a été placé dans un orphelinat. Au sein de cette institution il s’est lié d’amitié avec six autres enfants du même âge et a ainsi créé la Chowdar Society, un club très privé dont les règles sont les missions sont les suivantes : « garantir à chacun de ses membres l’aide, la protection et le soutien inconditionnels des autres, quelles que soient les circonstances, le danger ou l’adversité » et « partager les connaissances acquises par chacun d’entre nous et les mettre à disposition de tous ». Cette fraternité se retrouve le soir pour des réunions collectives dans le Palais de minuit. Le jour de leurs seize ans, Ben et Sheere sont enfin réunis, mais ces retrouvailles seront de courte durée car Jawahal est de retour et compte bien réaliser son vœux : les tuer. S’en suit alors des recherches ainsi qu’une longue course poursuite contre leur ennemi. Mais qu’est-ce que ce Jawahal souhaite vraiment ?

 

Cet auteur m’a toujours emmenée loin, loin, dans un univers inconnu, effroyable, diabolique, intriguant. Encore une fois, le pari est réussi mais dans une moindre mesure (commencerais-je à me lacer de Carlos Ruiz Zafòn ?). J’ai trouvé que ce second tome manquait un peu de détails qui permettraient au lecteur de se plonger pleinement dans ce livre, de se fondre entièrement dans l’univers proposé. Contrairement aux autres livres de Carlos Ruiz Zafon, j’ai eu du mal à cerner les lieux dans lesquels l’action se déroule, ainsi que les images que l’auteur souhaitait surement nous montrer. C’est dommage, mais en même temps, mon imagination à fonctionner plein pot. Il faut dire aussi que, pour une fois, l’action ne se déroule pas en Espagne, ni plus exactement à Barcelone, mais à Calcutta, en Inde. C’est sûr, le dépaysement est certain, j’ai voyagé, mais je crois que je préfère quand même lorsque l’auteur nous parle de sa ville natale, ville qui m’attire énormément, surtout lorsque Carlos Ruiz Zafon en parle…
J’ai trouvé l’histoire un chouia moins bien que dans le premier tome ou dans les autres livres de cet auteur. Pour moi, l’histoire est un peu tirée par les cheveux, un peu trop étrange à mon goût. Et puis, je n’ai rien retrouvé du premier tome. Certes, je le savais car j’ai lu la quatrième de couverture, mais j’ai eu du mal à comprendre la logique de l’auteur. Pourquoi une trilogie ? A cela, je rajoute également le fait que je n’ai ressenti aucune émotion en ce qui concerne les personnages, car j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à eux, à m’identifier à eux. Je crois que j’ai été un peu gênée par ces deux protagonistes loin d’être banals, avec leur vie décousue et sans attache… Et puis, et puis, je me suis très vite perdue entre les différents membres de la Chowdar Society, car même si une présentation très carrée nous est proposée au début de ce roman, chacun a une qualité propre à lui. Je crois que je peux malgré tout passer sur ce point et remettre cela sur le fait que je n’ai pas lu de manière très régulière ces temps-ci.
Bon malgré tous ces points négatifs, on peut en trouver quelques-uns très positifs, à commencer par la fin qui m’a surprise, et conquise à la fois. Ce final m’a bluffée, m’a agréablement surprise. J’ai été réellement emportée par cette fin haute en couleurs. L’auteur a aussi le mérite d’écrire un excipit bref, mais bien construit. J’ai aimé connaître le fin mot de cette histoire, savoir ce qu’il allait advenir réellement des personnages, de leur amitié. Je ne suis pas restée sur ma faim, je n’ai pas eu besoin d’imaginer quelque chose de spécial. Tout ce qui doit être dit a été dit. Comme d’habitude, j’ai aimé l’écriture de l’auteur, à la fois poétique, et simple. Le tout forme quelque chose de cohérant, bien mené.

 

En bref
J’ai apprécié cette lecture, mais ce second tome de la trilogie de la brume m’a un peu plus déçue que le premier. Le manque de détail ne m’a pas transportée comme d’habitude. Malgré tout, ce second opus est à découvrir !

 

« Ca n’a rien d’adorable d’être seule, dans son enfance ou dans sa vieillesse. Des années durant, je me suis demandé comment étaient les autres enfants, s’ils faisaient les mêmes cauchemars que moi, s’ils se sentaient aussi malheureux que moi. Celui qui prétend que l’enfance est le temps le plus heureux de la vie est un menteur ou un imbécile. »

 

Ce roman était (censé être) une lecture commune avec PommMiaLuna et Clem.

 

Robert Laffont, 305 pages, 2012

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Le passé continu – Neel Mukherjee

J’ai eu l’occasion de découvrir la littérature indienne il y a peu de temps avec Mother India et je dois dire que ce bref aperçu m’avait énormément plu. Depuis, quelques roman classés « littérature indienne » dorment dans ma PAL et en sortiront bientôt… Bref, lorsque j’ai découvert que livraddict proposait ce livre dans ses partenariats, j’ai craqué.

 

Le roman s’ouvre sur l’enterrement de la mère de Ritwik Gosh. Le jeune homme a 24 ans, il vit à Calcutta, et après ce drame familial, il est bien décidé à quitter l’Inde pour découvrir et étudier en Angleterre. Là-bas, il pense trouver une vie meilleure, mais au lieu de cela, il sombre dans une solitude et dans une misère profonde. Il se lance alors dans l’écriture d’un roman, racontant comment Miss Gilby, une lady est venue enseigner l’anglais et les bonnes manières à l’épouse d’un riche notable bengali, Bimala.
Et puis, petit à petit le garçon va devenir clandestin. Il laisse expiré sont visa d’étudiant. Trouver un logement, un emploi, de quoi se nourrir devient chose difficile. Mais grâce à l’une de ses connaissances, Ritwik va trouver logement chez Anne Cameron, une octogénaire qui ne peut plus habiter seule. Il va alors l’aider à réaliser les gestes les plus simples, les gestes quotidiens. Entre eux, une relation un peu étrange et forte va naitre…
Pour survivre, le jeune homme sera contraint de vendre son corps. Il rencontre alors Zafar, un riche homme d’affaire qui va l’entretenir. Mais pourra-t-il accéder à la vie dont il aspire ?

 

J’avoue avoir eu quelques difficultés à rentrer dans l’histoire. En effet, ce roman est plutôt complexe, et je pense que quelques notions historiques m’ont manquées pour comprendre pleinement la totalité du récit. L’indépendance indienne n’est pas quelque chose qu’on étudie à l’école (ou très peu), du coup, certaines notions m’étaient totalement inconnues. J’ai dû faire quelques recherches pour comprendre certains passages. Et puis, je me suis demandé, au début, comment ces deux histoires parallèles vont se rejoindre. Finalement, la réponse n’était pas bien loin.
Et puis, la seconde partie m’a passionnée… J’ai été happée et profondément touchée par l’histoire de Ritwik. En lisant le récit, j’avais envie d’aider ce jeune homme, j’ai éprouvé une très forte compassion. En effet, celui-ci a eu une enfance très complexe. Il a connu la pauvreté, il était entouré d’oncles paresseux qui refusaient de travailler, il a été battu par sa mère pendant plusieurs années… Il va donc tenter de mener une vie différente en Angleterre. Mais il est vite rattrapé par son passé, et le lecteur découvre des scènes de violences atroces causées par sa mère. Celles-ci sont parfois très dures, elles sont parfois difficiles à lire, mais elles semblent tout à fait réelles. Et puis, la seule issue pour le protagoniste c’est de raconter, pour tenter d’oublier…
L’histoire que Ritwik écrit m’a énormément plu. Je crois même qu’elle m’a plus passionnée que la de Ritwik en elle-même. Elle m’a permis de découvrir une Inde telle que je l’imagine, avec ses couleurs, ses mœurs, sa culture, mais aussi avec son histoire. En effet, c’est ici que l’on découvre les révolutions politiques qui ont menées à l’indépendance de l’Inde. Même si ces passages sont complexes, ils m’ont permis d’en apprendre un peu plus sur l’histoire de ce pays. Le personnage de Miss Gilby est très intéressant. C’est une femme qui n’a pas froid aux yeux. Elle pense que l’indépendance de l’Inde est nécessaire, elle le clame haut et fort, quitte à se faire exclure de chaque club anglais. Bref, c’est une femme qui m’a plu parce qu’elle est forte, fière, et droite.
Enfin, l’écriture de Neel Mukherjee est fluide, et assez complexe. Elle m’a vraiment impressionnée et ce, dès le début. En effet, j’ai pu voir une très forte distinction entre la vie de Ritwik et l’histoire qu’il écrit. Cette distinction est telle qu’on dirait presque que deux personnes ont collaboré pour écrire ce roman. Lorsqu’il est question de l’histoire écrit par Ritwik, la plume se fait plus soutenue, plus poétique que lorsque l’auteur narre la vie de Ritwik. Bref, c’est une écriture qui m’a fait voyager…

 

Un grand merci à livraddict ainsi qu’aux éditions JC Lattès pour ce partenariat qui m’a permis de découvrir ce roman passionnant.

 

En bref
Ce roman évoque des thèmes durs tels que l’intégration, la misère, la violence, … mais il reste cependant passionnant. A découvrir !

 

« Les jours de pluie comme celui-ci, la nostalgie l’enveloppe tel un brouillard insidieux, elle se répand partout et il s’y noie jusqu’à perdre tout repère. »

 

JC Lattès, 424 pages, 2012

Mother India – Manil Suri

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Je fais mes premiers pas dans la littérature indienne, et je peux dire que je ne suis pas déçue…
Je rêve d’aller en Inde, de découvrir ce pays de fond en comble ainsi que  la culture indienne. Mais bon voilà… Faute de moyens je me repporte sur de l’imaginaire (ce qui n’est pas désagréable). Je cherchais, à la base, un livre portant sur les origines des castes mais ca a été sans grand succès…Si vous avez un livre à me proposer d’ailleurs, n’hésitez pas, je suis preneuse…
Je suis donc allée au rayon littérature indienne et je tombe sur ce livre que j’avais d’ailleurs noté car j’vais lu un article dans le magazine Lire… Enfin bref, finissons les blablas et passons à l’essentiel.

En 1955, quelques années après la fondation de la république indienne, Mîra, 17 ans, entre en compétition avec sa soeur ainée, Roopa et se met en tête de séduire Dev, un musicien issu d’une classe sociale inférieure à la leur. Mîra gagne cette compétition et débute alors une relation avec le garçon. Le père de Mîra force alors sa fille à épouser Dev pour ne pas déshonorer leur famille.
La jeune fille, élevée dans un milieu sans religion, se retrouve alors dans une famille traditionnelle et conservatrice. Elle séjourne quelques années dans sa belle famille, mais son mari qui ne rêve que d’une chose: partir à Bombay pour se faire connaitre en tant qu’artiste.
Grâce à l’aide du père de Mîra, ce souhait se réalise et le jeune couple emménage alors dans un petit appartement à Bombay. Mîra connaitra alors l’alcoolisme de Dev, mais aussi sa violence, et ses déceptions, ses croyances, ses espérences. La jeune femme, perdue ne réussit pas à s’épanouir dans ce milieu.
Quelques années plus tard, Mîra tombe enceinte d’un petit garçon, Ashvin à qui elle porte un amour excessif voire même parfois quasi incestueux… Mais c’est également un amour qui lui permettra de s’échapper de cette vie qui ne lui convient plus…

J’ai trouvé ce roman absolument passionnant. Une fois rentré vraiment dedans, il est difficile d’en sortir réellement…

L’écriture de ce livre est très fluide et j’ai trouvé que c’était vraiment très très bien écrit, malgré le fait d’avoir lu la version française de cet ouvrage. La seule chose que je regrette réellement, c’est le fait que l’histoire soit racontée à la première personne. Il est vrai que je préfère largement lorsque les histoires sont écrites à la troisième personne, mais bon… Je m’y suis faite quand même.

L’histoire se déroule sur plus de trente ans. On peut alors suivre l’évolution de tous les personnages… Et des évolutions, on peut dire qu’il y en a…  Je ne me suis pas réellement attachée aux personnages, comme à mon habitude, mais j’ai été assez passionnée par ce décor,  dans lequel les protagonistes évoluent.

Mîra, par exemple, s’avère être pendant tout le livre une femme soumise, notamment à son père et à son mari. On a même parfois un peu envie de la « secouer », de l’inviter à se révolter enfin contre ces hommes qui l’opressent et l’empêchent de vivre sa vie comme elle le souhaiterait. Et puis, à la fin, on voit alors la naissance d’un personnage tout neuf, qui semble enfin pouvoir mener sa vie comme elle l’entend… Bien sûr à vous de lire quels boulversement l’ont enfin fait changé d’avis.

Dev est un personnage un peu ambigü… ll semble en effet un peu perdu, lui aussi, dans cette nouvelle vie… Il va de déceptions en deceptions, connait le chomage, commence à boire beaucoup trop, et finit par délaisser sa femme. Pourtant, il plein de bonnes intentions pour aider sa famille, pour reconquérir Mîra, pour percer enfin dans ce milieu qui lui tient tant à coeur. Mais il semble aussi incapable de se détacher de ce rêve, de sortir de ce gouffre dans lequel il sombre. C’est un père aimant son fils par dessus tout, et on voit naitre une relation nouvelle entre le eux, lorsqu’Ashvin grandit, ce qui rend folle de jalousie sa femme…

En effet, en ce qui concerne la relation de Mîra avec son fils, on peut la qualifier d’excesive, voire même parfois d’incestueuse. Les deux personnages se porte l’un autant que l’autre un amour inconsidérable. J’avoue que j’ai parfois été un peu gênée de lire ces passages qui montrent que leur relation n’est pas toujours très saine… Mais ces passages sont quand même peu nombreux et restent de courte durée…

On découvre également les moeurs et coutumes indiennes, grâce aux nombreuses citations de croyances, de mythes et de rites, mais aussi grâce à  l’utilisation nombreuse de mots Hindi… Mais pas de panique encore une fois, Manil Suri à penser à tout… On y trouve à la fin un petit glossaire assez détaillé des différents types de costumes, mais aussi des différents types de plats évoqués.

On découvre également la situation politique de l’Inde quelques années après la fondation de la République, avec ses conflits, ses changements, ses différentes fondations…

 

En bref
C’est un livre qui m’a beaucoup beaucoup plu… Même si, il est vrai, j’ai été un peu longue à le lire, faute de temps, faute de motivation, faute de tout… J’ai d’ailleurs acheté un second livre de littérature indienne, qui je l’espère me plaira tout autant… Si vous avez d’autres bon titres à me faire découvrir dans ce même , je suis toute « ouïe »…

 

« Non il ne la quitterait pas, à coup sûr, si elle était suffisamment prodigue de sa dévotion. Son amour serait pour son fils une salle de jeux dorée, un palais enchanté dont il detesterait l’idée même d’abandonner les plaisirs. Ce serait un amour indispensable, au même titre que l’air, de sorte qu’il ne pourrait concevoir d’exister sans lui. Quel choix aurait-il, face à une telle profusion, quel de l’aimer en retour avec une intensité comparable? »

Le livre de poche, 2011, 630 pages