Les affreux – Chloé Schmitt

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D’un jour à l’autre, Alfonse perd l’usage d’une partie de son corps. Il est foudroyé par un AVC et seule une infirme partie de son corps peut encore répondre, être encore utilisée. Il est condamné à vivre dans un fauteuil roulant, duquel il ne peut pas sortir. Il est ainsi contraint de vivre avec les autres, par les autres, car chaque tâche lui est devenue impossible à réaliser seul. Alors qu’il s’apprêtait à quitter sa femme Clarisse pour vivre avec sa maîtresse, Alfonse prend très vite conscience des choix qu’il aurait dû faire avant, car désormais, ils lui sont impossibles à réaliser…

 

Première grosse déception de la rentrée littéraire… Après tout, il en fallait bien une… Mais vraiment, j’ai eu vraiment beaucoup de mal à arriver à bout de ce roman… C’est d’ailleurs bien dommage parce que c’est pourtant le genre de livre qui aurait pu me plaire. Malgré un thème central très difficile à comprendre, à accepter, j’avais envie d’en savoir plus à ce sujet. J’été vraiment intriguée par le résumé très promettant proposé en quatrième de couverture et puis quand même ! L’auteure n’a que vingt-et-un ans ! Ça donne envie de fouiller, d’aller plus loin, de voir ce que ça donne…
J’ai été à la fois assez impressionnée par l’écriture et déçue… Entre la première et la troisième partie du livre, l’écriture change du tout au tout, si bien qu’on a l’impression d’assister à une écriture à deux mains.
La première et la seconde partie du roman sont écrites de manière très agressive, très hachée. On retrouve beaucoup de mots qui relèvent du langage familier, qui sont même parfois très vulgaires. Les phrases sont entrecoupées, violentes… Elles font mal, elles font froid dans le dos, et en même temps on ne peut pas s’empêcher de se poser des questions. Mais malgré cela, j’ai eu l’impression de me sentir agressée à chaque phrase, de recevoir un poignard dans le dos, ce qui m’a rendue vraiment mal à l’aise. C’est très étrange comme situation, mais j’ai eu l’impression de jouer un rôle de lecteur qui n’aurait pas dû être là, qui n’aurait pas dû lire ces phrases-là… J’ai encore une fois survolé les passages, je les ai lu de travers pour ne pas trop me sentir mal à l’aise… Et en même temps, je ne pouvais pas m’empêcher de penser aussi que si ce style-là a été adopté, c’est parce qu’il était totalement en adéquation avec les pensées du protagoniste, avec les sentiments du protagoniste. On peut penser que lui-même éprouve une très grande violence, qui ressort ainsi par la plume de l’auteure. C’est d’ailleurs là, je trouve, que réside le grand point fort de ce roman ; même si les passages sont terribles, j’ai eu l’impression que le protagoniste aurait très bien pu dire cela.
La troisième et la quatrième partie constitue sûrement une phase d’acceptation du personnage… Je me suis sentie un peu plus à l’aise, un peu plus dans ma place de lecteur… Oui, il y a toujours une grande agressivité, mais elle s’atténue, elle se fait moins pesante… Dans ces deux parties, par contre, on est face à une très grande violence faite au protagoniste qui se retrouve être à la limite du supportable… Les passages durant lesquels son frère oublie de le faire manger, le laisse uriner dessus, ne le change pas, le bat ont été vraiment difficile à lire. Le thème de la maltraitance sur les personnes handicapées est bien présent. Il est fort, il dénonce, il pointe du doigt un problème important dans nos sociétés… Oui, mais voilà, j’ai encore été gênée par cette grande violence, par cette agressivité visuelle imaginaire. J’ai été aussi gênée par les scènes sexuelles qui n’ont fait qu’amplifier mon malaise, ma gêne, puisque celles-ci sont proches du viol…
Le personnage central aurait pu me toucher ou m’émouvoir… Et pourtant, c’est le contraire qui se produit : j’ai l’impression d’avoir vécu une semaine de lecture avec un inconnu, d’en avoir su peu ou si peu sur lui. Finalement j’en arrive à penser qu’il s’agissait d’une esquisse de personne, d’être passée à côté de l’histoire d’Alfonse… C’est dommage et terrifiant à la fois !
Au-delà du thème central, Chloé Schmitt nous propose un également une réflexion sur notre monde puisqu’Alfonse est le spectateur de ce monde. Il assiste, sans pouvoir y participer à la violence, aux manigances, à la tendresse, aux tromperies, à l’alcoolisme, aux mensonges, au désespoir, à l’inquiétude, … Autant de thèmes qui m’ont amenée à voir notre monde sous un œil moins utopique, moins joli. Ici, ce n’est pas la beauté du monde qui est représentée, c’est plutôt sa laideur, sa manière de tomber toujours plus bas, la manière dont l’humanité se comporte, vit… Et finalement on est au pied du mur, on en vient à se poser une question terrible : est-ce qu’on est heureux en tant que personnes valides ?

 

En bref
Malgré un résumé très prometteur, Chloé Schmitt n’a su me séduire que très peu avec son premier roman… L’ensemble m’a gêné, m’a mise mal à l’aise, notamment à cause d’une écriture violente, agressive… Le thème central ainsi que les thèmes qui en découlent sont intéressants, mais manquent un peu de profondeur à mon gout… Malgré tout, c’est un livre qu’il faut découvrir, je pense.

 

« Je voyais plus la mienne de vie, elle était loin derrière ses mots. Ca se coulait en mélange, phrases et rêveries, dans une grande plaine, un endroit qu’elle seule connaissait, quelque part où je pouvais de nouveau courir, sentir mes talons trembler sous mon corps, courir encore, sans apercevoir de fin, courir et avoir des ampoules comme des petites poches de bonheur prêtes à se déverser au prochain pas. » 

 

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4/7

 

Albin Michel, 189 pages, 2012