Une part de ciel – Claudie Gallay

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Aux premiers jours de décembre, Carole regagne sa vallée natale, dans le massif de la Vanoise, où son père, Curtil, lui a donné rendez-vous. Elle retrouve son frère et sa soeur, restés depuis toujours dans le village de leur enfance. Garde forestier, Philippe rêve de baliser un sentier de randonnée suivant le chemin emprunté par Hannibal à travers les Alpes. Gaby, la plus jeune, vit dans un bungalow où elle attend son homme, en taule pour quelques mois, et élève une fille qui n’est pas la sienne. Dans le Val-des-Seuls, il y a aussi le vieux Sam, pourvoyeur de souvenirs, le beau Jean, la Baronne et ses chiens, le bar à Francky avec sa jolie serveuse…
Dans le gîte qu’elle loue, à côté de la scierie, Carole se consacre à une traduction sur la vie de Christo, l’artiste qui voile les choses pour mieux les révéler. Les jours passent, qui pourraient lui permettre de renouer avec Philippe et Gaby un lien qui n’a rien d’évident : Gaby et Philippe se comprennent, se ressemblent ; Carole est celle qui est partie, celle qui se pose trop de questions. Entre eux, comme une ombre, cet incendie qui a naguère détruit leur maison d’enfance et définitivement abîmé les poumons de Gaby. Décembre s’écoule, le froid s’installe, la neige arrive… Curtil sera-t-il là pour Noël ?
Avec une attention aussi intense que bienveillante, Claudie Gallay déchiffre les non-dits du lien familial et éclaire la part d’absolu que chacun porte en soi. Pénétrant comme une brume, doux comme un soleil d’hiver et imprévisible comme un lac gelé, Une part de ciel est un roman d’atmosphère à la tendresse fraternelle qui bâtit tranquillement, sur des mémoires apaisées, de possibles futurs.

(Source : 4ème de couverture)

Cette année, je n’ai pas du tout suivi la rentrée littéraire. D’ailleurs, vous avez dû remarquer que mon blog est un peu à l’abandon ces derniers temps… L’entrée en Master m’a changée du tout au tout… Bref, j’ai choisi ce livre dans le cadre des Matchs de la Rentrée de Price Minister tout simplement parce que le titre m’a plu, ainsi que la quatrième de couverture.
Ma première impression, c’est qu’il s’agit d’un livre dans lequel il ne se passe pas grand-chose : c’est un livre contemplatif. L’auteure mêle les souvenirs de Carole aux longues journées d’attente dans ce village de montagne. La présentation du texte et l’écriture m’ont parfois fait penser à un journal intime : la date inscrite en haut de chaque page et la manière dont cette journée s’est organisée. Des journées ponctuées par la neige, les visites à son frère, sa sœur, le voisin, la baronne, par des photographies, par des dîners au bar à Francky. Le roman contient certaines répétitions, des gestes répétitifs, pourtant, on s’y sent bien, comme dans un cocon ; j’ai aimé cette atmosphère, cette parenthèse de vie décrite pendant ces 400 et quelques pages. Il faut dire aussi que la lecture de ce roman est tombée parfaitement bien puisqu’elle est réellement de saison : l’auteure nous décrit ces moments familiaux, cette attente de Noël, ces préparations du Nouvel An. Des choses que l’on vit en ce moment, qui sont dans toutes les bouches.
Ajoutons à cela que l’auteure décrit à merveille l’atmosphère dans laquelle les personnages évoluent, tant dans leur environnement émotionnel que naturel. Les paysages de montagnes s’offrent à vous, vous donnent envie d’y aller, de découvrir ce qu’est le Val… Et pourtant, je déteste au plus haut point la neige, le froid et la montagne… Mais là, les mots prennent le dessus et vous donnent envie de vous blottir sous un plaid près de la cheminée pour observer le Val. Les descriptions de Saint-Etienne m’ont également amusées, puisque c’est dans ce département que j’ai vécu toute mon enfance. L’évocation des bars rue des Martyrs m’ont fait sourire et il a été agréable de se sentir autant chez soi dans ce livre. J’ai aussi aimé ces liens un peu bancals qu’entretiennent les personnages ; questionnements, jalousies, énervements, peurs pour l’un et pour l’autre vous donnent malgré tout une belle vision de cette famille. Les habitants du village apportent tous une jolie touche de couleur, un éclairage à cette histoire familiale complexe.
Mais (oui parce qu’il en fallait un !), j’ai été déçue par cette fin… Peut-être aussi parce que tout le livre tourne autour de l’arrivée de Curtil, et que son arrivée se fait attendre par tous. Du coup, il est vrai que j’en attendais beaucoup. Je m’attendais à des retrouvailles émouvantes, touchantes, agaçantes ou apportant des éléments de réponse… Mais rien de tout cela n’est mis en avant dans le roman, ce qui, je pense, est plutôt dommage.
Néanmoins, Une part de ciel plaira aux personnes qui n’ont pas peur de cet immobilisme, qui n’ont pas peur de se plonger tout entier dans une parenthèse de vie.

Un grand merci à Price Minister pour l’envoi de ce roman à qui je donne la note de 14/20 (et désolée pour mon retard !).

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Actes sud, 446 pages, 2013

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Le cirque des rêves – Erin Morgenstern

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Depuis 1986, le cirque des rêves se déplace à travers le monde sans que jamais personne ne sache à l’avance où il va aller, et combien de temps il va rester. Il apparaît simplement un beau matin, au milieu d’un champ ou d’une ville, et disparaît du jour au lendemain, sans aucune annonce et sans laisser de trace. Au sein de ce cirque très particulier, deux artistes, Marco et Célia, s’affrontent sans le savoir dans un duel dont ils ne connaissent pas les règles. Tout ce qu’ils savent, c’est que ce duel ne supportera qu’un seul vainqueur et que l’autre périra…
Mais les deux illusionnistes s’aiment comme il n’a jamais été possible d’aimer… Si bien que ce duel semble ne jamais obtenir de fin.

 

J’ai plus été intriguée par cette couverture enchanteresse, par cette tranche rouge et par ces pages collées, qui craquent comme celles d’un vieux roman que par le résumé même de l’histoire. Et pourtant, il n’y a pas que l’objet même du livre qui peut vous enchanter… Ce roman est tout simplement hybride, comparable à aucun autre, avec néanmoins un univers assez proche de celui de Tim Burton ou Mathias Malzieu.
Et pourtant… On ne peut pas dire que je sois forcément une fan de cirque… Mais ce cirque-là, il est incomparable… Plus qu’un cirque, c’est votre cirque, tel que vous pouviez ou vouliez l’imaginer sans jamais penser qu’il pourrait un jour prendre forme.
Les nombreuses descriptions proposées par Erin Morgenstern m’ont permis de me promener sans peine dans ce cirque imaginaire, rempli de magie, d’odeur, d’absence de couleur (l’univers décrit est majoritairement noir et blanc). Au milieu de l’histoire, se glisse quelques chapitres purement descriptifs – à la seconde personne du singulier – de ce que contiennent les chapiteaux, ce qui permet d’imaginer un cadre global, sans pour autant se contraindre à celui-ci. Souvent, j’ai pu imaginer ce cirque des rêves au-delà des descriptions qui en sont faites en rajoutant des détails délicieusement oubliés.
L’intrigue en elle-même est plutôt originale, mais également très intrigante. Les illusionnistes s’interrogent, interrogent leur maître pour tenter de comprendre l’intérêt de ce duel. Mais l’intrigue ne se porte pas uniquement sur cela. Le cirque en lui-même suscite des questions, tout comme chacun des artistes se représentant au sein de la structure. D’un chapitre à l’autre, le lecteur est confronté aux histoires personnelles de chacun, à la mise en place de ce cirque, à la manière dont nos deux protagonistes ont été formés, entraînés.
J’ai particulièrement été émue par cette histoire d’amour forte, entraînant les protagonistes, mais aussi tous les autres acteurs du cirque dans une situation difficile.
Seul bémol de cette lecture : une chronologie hachée, non linéaire formant parfois un ensemble un peu brouillon. Pour ma part, j’ai souvent perdu mes repères, et j’ai souvent eu du mal à m’y retrouver. Le nombre de personnages étant important, il est également parfois difficile de s’y repérer aisément et de repérer précisément qui est qui et qui joue quel rôle.
Malgré ce point brumeux, je ne peux que vous conseiller d’ouvrir Le cirque des rêves pour savoir ce qu’il contient, pour comprendre à quel point l’univers développé est singulier et indescriptible…

 

« En t’éloignant du Cirque des rêves dans le jour qui se lève, tu te dis que tu étais plus éveillé lorsque tu étais dans l’enceinte du cirque.
Tu ne sais plus de quel côté de la grille est le rêve. »

 

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9/7

 

Editions Flammarion, 496 pages, 2012

Elinor Jones, Tome 3 : Le bal d’été – Algésiras & Aurore

C’est l’été et la chaleur a envahie Dawnhal. La maison Tiffany travailler désormais sur les robes pour le bal d’été, mais à cause des caprices de Bianca, l’atelier est privé d’une couturière, ce qui oblige les autres à travailler d’autant plus. Par ailleurs, l’état de santé d’Elinor ne s’améliore pas. Cette dernière refuse toujours de s’alimenter et est de plus en plus faible. Les médecins préconisent une hospitalisation, mais la maison Tiffany ne peut se passer d’Elinor, seconde de Bianca…
En plus de cela, la mère de Bianca et Abel doit livrer en personnes des robes à Pékin afin d’y effectuer des retouches. Les deux enfants doivent alors gérer la maison seuls pour le bal d’été…

 

Souvenez-vous… Il y a quelques billets de cela, je faisais la rencontre de la série Elinor Jones (tomes 1 & 2 ici) que j’avais aimé pour ses décors, pour son histoire… Eh bien voilà la fin d’une aventure ! Aventure qui me laissera un gout amer !
J’avais été habituée à des décors et costumes splendides, à une histoire et à des dialogues bien construits… Et ce dernier tome n’est vraiment pas à la hauteur de mes attentes. Cette fin sonne faux, elle semble bâclée. Les dialogues sont comme creux, vides, avec peu d’importance.
Ajoutons à cela le fait que la couverture dévoile complètement la fin de cette série… On voit Elinor couchée, les yeux fermés, l’air paisible… Autant vous dire qu’on pense tout de suite qu’elle n’a pas survécu à son anorexie. La raison de son problème de santé est d’ailleurs enfin révélée dans ce dernier tome. On apprend qu’Elinor a la phobie de grossir puisque sa mère avait le corps complètement déformé à cause de ses multiples grossesses. Il était temps de comprendre, de savoir, mais tout ceci n’est abordé que très succinctement… A peine deux ou trois répliques suffisent pour apporter un élément de réponse. Très franchement, je pense qu’il aurait été nécessaire de consacrer un peu plus de temps à l’anorexie, élément assez central dans l’histoire et notamment dans ce dernier tome.
Les robes, surreprésentées dans les précédents tomes, ne sont ici que très peu visibles, c’est-à-dire tout juste deux ou trois planches… Là encore, c’est dommage puisque le peu que j’ai pu apercevoir étaient magnifiques, vives, pleines de couleurs et de vie…
Néanmoins, je garderai un bon souvenir des dessins de la série. Très girly, certes, mais bien fini, avec des couleurs franches, des décors, des costumes et des paysages à vous couper le souffle.

 

En bref
Une légère déception avec ce dernier tome qui aurait dû, à mon avis, être un peu plus détaillé… Un ou deux tomes supplémentaires auraient été agréables pour mieux comprendre le personnage d’Elinor Jones…

 

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Logo BD Mango bleu

Chez Mango

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Top BD de Yaneck : 13/20

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8/7

Editions Soleil (Blackberry), 48 pages, 2012

La vérité sur l’affaire Harry Quebert – Joël Dicker

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A 26 ans, Marcus Goldman est un jeune écrivain à succès. Son premier livre a connu un immense triomphe dans toute l’Amérique. Mais après deux années passées sans rien écrire, Marcus est confronté à la terrible angoisse de la page blanche alors qu’il doit remettre son livre à son éditeur d’ici quelques mois…
Paniqué, angoissé, il décide alors de rejoindre son vieil ami et ancien professeur d’université Harry Quebert, lui-même grand écrivain à succès et certainement l’un des plus reconnu du XXe siècle. Harry, c’est l’Homme qui a tout appris à Marcus sur l’écriture. Il lui a donné 31 conseils qu’il juge infaillibles pour devenir un grand écrivain. Harry dispose d’une belle maison au bord de la mer à Aurora, maison dans laquelle il a écrit « Les origines du mal », l’un des livres les plus lus et les plus vendus en Amérique. Le cadre semble propice à Marcus pour écrire son nouveau roman. Mais là encore, rien ne vient… Un jour, il se retrouve seul dans la maison de son vieil ami et cherche à comprendre comment celui-ci a pu trouver l’inspiration, comment il a fait pour écrire SON grand roman, comment il a pu devenir l’un des auteurs les plus lus d’Amérique… Il tombe alors sur une boîte contenant des articles et des photos de Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, disparue il y a près de 33 ans sans qu’on n’ait jamais retrouvé sa trace… Intrigué, Marcus demande des explications à son ami, mais celui-ci le laissera dans l’ignorance.
Jugeant que ce séjour à Aurora n’a pas été la solution à son problème, Marcus rentre à New York, désespéré. Quelques semaines plus tard,  alors que Marcus tente de tenir tête à son éditeur qui le menace de poursuites judiciaires pour ne pas avoir livré son roman, il reçoit un appel d’Harry, l’air atterré. En effet, alors qu’il faisait planter des hortensias dans son jardin, les ouvriers ont trouvé la présence d’ossements. Après vérifications, il s’avère que ces os sont ceux de la jeune Nola Kellergan. Harry est ainsi immédiatement accusé d’avoir assassiné la jeune fille, d’autant plus qu’on découvre avec le corps un sac contenant le manuscrit des « Origines du mal ». Harry avoue avoir eu une liaison avec la jeune femme durant l’été 1975, mais jure ne pas l’avoir tuée. Marcus, convaincu de l’innocence de son ami, quitte tout et part enquêter sur l’affaire Harry Quebert à Aurora.
De rebondissements en rebondissements, Marcus Goldman réussira-t-il à découvrir ce qu’il s’est passé en août 1975 ?

 

Attirée par le bandeau rouge « Prix Goncourt des lycéens », j’ai découvert un livre dont je ne connaissais pas l’existence… Le résumé proposé m’a tout de suite donné envie d’en savoir plus… Bref, j’ai craqué très, très vite…
J’ai adoré ce roman, vraiment. Dès les premières pages, j’ai compris que j’allais l’aimer… J’ai aussi vite vu son caractère hypnotique qui ne donne plus envie de le lâcher. Ce livre est rempli de rebondissements qui font qu’on n’a tout simplement pas envie de le quitter sans avoir connu la fin. Chaque nouvelle page nous donne une multitude d’informations qui font avancer  Marcus dans son enquête et chaque nouvelle page nous apprend une nouvelle encore plus terrifiante que les précédentes. J’ai trouvé l’histoire très, très bien menée. En effet, on assiste à une sorte de roman dans le roman qui donne un effet très réel à tout cela. D’ailleurs, j’en suis parfois venue à me demander où finissait la réalité dans ce livre.
L’écriture de l’auteur est simple, peut-être même trop simple. C’est peut-être l’un des points qui m’a le plus gêné dans ce roman. Les dialogues concernant l’amour sont parfois creux. On assiste ainsi à un déballage de « Nola Chérie » ou « Harry chéri » qui m’ont un peu fait sourire et qui m’ont aussi fait grincer des dents… D’ailleurs, j’ai trouvé le personnage de Nola assez caricaturé : elle est souvent décrite comme une jeune fille naïve, insouciante. Ses gestes m’ont parfois agacée. Durant notre lecture, l’auteur nous invite à lire des extraits des « Origines du mal » écrit par Harry Quebert, grand roman que l’Amérique n’est jamais connu durant le XXe siècle, et pourtant, j’ai trouvé l’écriture très simple, très fade… Bref, je ne trouve pas que l’écriture soit vraiment le point fort de ce roman.
Les personnages sont nombreux, mais il n’est pas difficile de s’y retrouver, ce qui est, je pense une grande force de ce roman. A chaque nouveau chapitre, on en apprend un peu plus sur le passé de chacun d’entre eux, sur leur vision d’Harry, de Nola. Et puis, sans que l’on s’en rende compte, chacun des personnages apporte quelque chose d’essentiel à l’histoire, et ainsi, chacun devient à son tour un protagoniste potentiel, un suspect potentiel.
La fin m’a complètement sidérée, surprise. Bien sûr, tout au long de ma lecture, je faisais mes propres hypothèses, pensant que le tueur de Nola était untel ou untel, mais jamais je ne me serais attendue à quelque chose de ce genre, à une fin aussi surprenante (et saugrenue). Il faut dire que Joël Dicker a un don pour brouiller les pistes, pour aller de rebondissements en rebondissements.
J’ai apprécié les multiples réflexions que suscite ce livre. Le lecteur est amené à réfléchir sur la littérature, sur les médias, sur l’écriture. On en apprend beaucoup sur le monde de l’édition, sur la manière dont les auteurs peuvent nous manipuler en faisant écrire leur livre par d’autres. Les 31 conseils d’Harry m’ont fait réfléchir sur la manière dont on devient écrivain, sur la manière dont se passe le moment de l’écriture… Au-delà d’un simple roman, on trouve de véritables pistes de réflexion sur le monde d’aujourd’hui.

 

En bref
Même si l’écriture de ce roman ne m’a pas transcendée, j’ai passé un très, très bon moment de lecture avec ce roman. Les personnages sont biens brossés, l’histoire m’a hypnotisée, le récit est bien dressé… La vérité sur l’affaire Harry Quebert est un livre que je conseillerais sans hésitation !

« Un bon livre, Marcus, ne se mesure pas à ses derniers mots uniquement, mais à l’effet collectif de tous les mots qui les ont précédés. Environ une demi-seconde après avoir terminé votre livre, après en avoir lu le dernier mot, le lecteur doit se sentir envahi d’un sentiment puissant ; pendant un instant, il ne doit plus penser qu’à tout ce qu’il vient de lire, regarder la couverture et sourire avec une pointe de tristesse parce que tous les personnages vont lui manquer. Un bon livre, Marcus, est un livre que l’on regrette d’avoir terminé »

(C’est le cas !)

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Editions l’âge d’hommes, 665 pages, 2012

Les affreux – Chloé Schmitt

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D’un jour à l’autre, Alfonse perd l’usage d’une partie de son corps. Il est foudroyé par un AVC et seule une infirme partie de son corps peut encore répondre, être encore utilisée. Il est condamné à vivre dans un fauteuil roulant, duquel il ne peut pas sortir. Il est ainsi contraint de vivre avec les autres, par les autres, car chaque tâche lui est devenue impossible à réaliser seul. Alors qu’il s’apprêtait à quitter sa femme Clarisse pour vivre avec sa maîtresse, Alfonse prend très vite conscience des choix qu’il aurait dû faire avant, car désormais, ils lui sont impossibles à réaliser…

 

Première grosse déception de la rentrée littéraire… Après tout, il en fallait bien une… Mais vraiment, j’ai eu vraiment beaucoup de mal à arriver à bout de ce roman… C’est d’ailleurs bien dommage parce que c’est pourtant le genre de livre qui aurait pu me plaire. Malgré un thème central très difficile à comprendre, à accepter, j’avais envie d’en savoir plus à ce sujet. J’été vraiment intriguée par le résumé très promettant proposé en quatrième de couverture et puis quand même ! L’auteure n’a que vingt-et-un ans ! Ça donne envie de fouiller, d’aller plus loin, de voir ce que ça donne…
J’ai été à la fois assez impressionnée par l’écriture et déçue… Entre la première et la troisième partie du livre, l’écriture change du tout au tout, si bien qu’on a l’impression d’assister à une écriture à deux mains.
La première et la seconde partie du roman sont écrites de manière très agressive, très hachée. On retrouve beaucoup de mots qui relèvent du langage familier, qui sont même parfois très vulgaires. Les phrases sont entrecoupées, violentes… Elles font mal, elles font froid dans le dos, et en même temps on ne peut pas s’empêcher de se poser des questions. Mais malgré cela, j’ai eu l’impression de me sentir agressée à chaque phrase, de recevoir un poignard dans le dos, ce qui m’a rendue vraiment mal à l’aise. C’est très étrange comme situation, mais j’ai eu l’impression de jouer un rôle de lecteur qui n’aurait pas dû être là, qui n’aurait pas dû lire ces phrases-là… J’ai encore une fois survolé les passages, je les ai lu de travers pour ne pas trop me sentir mal à l’aise… Et en même temps, je ne pouvais pas m’empêcher de penser aussi que si ce style-là a été adopté, c’est parce qu’il était totalement en adéquation avec les pensées du protagoniste, avec les sentiments du protagoniste. On peut penser que lui-même éprouve une très grande violence, qui ressort ainsi par la plume de l’auteure. C’est d’ailleurs là, je trouve, que réside le grand point fort de ce roman ; même si les passages sont terribles, j’ai eu l’impression que le protagoniste aurait très bien pu dire cela.
La troisième et la quatrième partie constitue sûrement une phase d’acceptation du personnage… Je me suis sentie un peu plus à l’aise, un peu plus dans ma place de lecteur… Oui, il y a toujours une grande agressivité, mais elle s’atténue, elle se fait moins pesante… Dans ces deux parties, par contre, on est face à une très grande violence faite au protagoniste qui se retrouve être à la limite du supportable… Les passages durant lesquels son frère oublie de le faire manger, le laisse uriner dessus, ne le change pas, le bat ont été vraiment difficile à lire. Le thème de la maltraitance sur les personnes handicapées est bien présent. Il est fort, il dénonce, il pointe du doigt un problème important dans nos sociétés… Oui, mais voilà, j’ai encore été gênée par cette grande violence, par cette agressivité visuelle imaginaire. J’ai été aussi gênée par les scènes sexuelles qui n’ont fait qu’amplifier mon malaise, ma gêne, puisque celles-ci sont proches du viol…
Le personnage central aurait pu me toucher ou m’émouvoir… Et pourtant, c’est le contraire qui se produit : j’ai l’impression d’avoir vécu une semaine de lecture avec un inconnu, d’en avoir su peu ou si peu sur lui. Finalement j’en arrive à penser qu’il s’agissait d’une esquisse de personne, d’être passée à côté de l’histoire d’Alfonse… C’est dommage et terrifiant à la fois !
Au-delà du thème central, Chloé Schmitt nous propose un également une réflexion sur notre monde puisqu’Alfonse est le spectateur de ce monde. Il assiste, sans pouvoir y participer à la violence, aux manigances, à la tendresse, aux tromperies, à l’alcoolisme, aux mensonges, au désespoir, à l’inquiétude, … Autant de thèmes qui m’ont amenée à voir notre monde sous un œil moins utopique, moins joli. Ici, ce n’est pas la beauté du monde qui est représentée, c’est plutôt sa laideur, sa manière de tomber toujours plus bas, la manière dont l’humanité se comporte, vit… Et finalement on est au pied du mur, on en vient à se poser une question terrible : est-ce qu’on est heureux en tant que personnes valides ?

 

En bref
Malgré un résumé très prometteur, Chloé Schmitt n’a su me séduire que très peu avec son premier roman… L’ensemble m’a gêné, m’a mise mal à l’aise, notamment à cause d’une écriture violente, agressive… Le thème central ainsi que les thèmes qui en découlent sont intéressants, mais manquent un peu de profondeur à mon gout… Malgré tout, c’est un livre qu’il faut découvrir, je pense.

 

« Je voyais plus la mienne de vie, elle était loin derrière ses mots. Ca se coulait en mélange, phrases et rêveries, dans une grande plaine, un endroit qu’elle seule connaissait, quelque part où je pouvais de nouveau courir, sentir mes talons trembler sous mon corps, courir encore, sans apercevoir de fin, courir et avoir des ampoules comme des petites poches de bonheur prêtes à se déverser au prochain pas. » 

 

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4/7

 

Albin Michel, 189 pages, 2012

Une place à prendre – J.K. Rowling

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Depuis toujours, la cité des Champs fait tâche au sein de la très charmante ville de Pagford. En effet, elle regorge de gens drogués, qui volent, qui violent, qui sont en marges de la société. Et puis surtout, cette clinique de désintoxication en plein milieu de Pagford, c’est inadapté, c’est dégradant. Depuis toujours, donc, deux clans s’opposent férocement au sein de la ville : ceux qui défendent la cité des Champs et ceux qui souhaiteraient la voir définitivement rayé de la carte de Pagford. Bary Fairbrother est l’un de ceux qui défendent coûte que coûte la cité, car lui-même en est issu. Alors qu’il s’apprête à diner au restaurant avec sa femme Mary, pour fêter leur anniversaire de mariage, celui-ci décède brutalement d’une rupture d’anévrisme. Il laisse derrière lui une place au sein du Conseil paroissial de la ville, que Howard Mollison, son rival, serait ravi de voir relégué à son fiston adoré, Miles. Cependant, Miles n’est pas le seul à convoiter la place à prendre. Et le fantôme de Barry n’est pas prêt de se laisser faire…

 

J’ai longtemps hésité à lire ce livre à cause de ses nombreuses critiques peu élogieuses lues çà et là dans la presse. Et puis surtout, j’ai eu peur de ce roman imposant, peur d’être déçue parce qu’Harry Potter est quand même l’un des livres qui a bercé mon enfance… Et puis je me suis résigné. Après tout, ce livre m’était proposé dans « Les matchs de la rentrée littéraire chez PriceMinister » c’était une occasion de le lire, de me faire mon propre avis… Et je dois dire que je suis enchantée, enthousiasmée, conquise par ce nouveau roman écrit par J.K. Rowling. Bon certes, je ne trouve pas que ce soit un roman spécialement innovent. J’ai déjà eu l’impression de lire des romans à l’histoire plus ou moins similaire, mais, mais, mais, J.K. Rowling m’a conquise, et je pense que son immense talent d’écrivain et de conteuse y est pour quelque chose…
Une place à prendre est un livre qui regorge de détails, de descriptions, de comparaisons… Le tout amenant le lecteur dans un univers quasi-réel. On est tout de suite plongé dans cet univers plus ou moins sordide, dans l’espace dans lequel évoluent les personnages, ce qui est ma foi, plutôt plaisant (vous n’êtes pas sans savoir que j’apporte une grande attentions aux détails).
J’ai eu l’occasion (importante, je pense) de lire d’autres critiques avant d’ouvrir le livre, ce qui m’a permis de réaliser une petite fiche avec les personnages présents dans le roman. C’est vrai, le début est laborieux : il faut se battre avec une petite dizaine de personnages dont on s’immisce dans leur vie de manière brutale, inattendue. On n’a pas le temps de savoir qui ils sont que l’on est déjà en pleine crise sans réellement savoir pourquoi ni comment. Mais dès les premières pages, j’ai su que je serais bien, vraiment bien dans ce roman. Derrière la jolie description du village de Pagford, on se rend très vite compte que la réalité est tout autre. Sous leurs airs « BCBG », propre sur eux-mêmes, les habitants de Pargford cachent, en réalité de lourds secrets.  J.K. Rowling en profite alors pour soulever plusieurs thèmes délicats : les relations parents-enfants, le viol, la violence, la maltraitance, la drogue, les couts-bas. Le tout, dans une seule directive : arriver au pouvoir, montrer à l’autre ce que l’on vaut, montrer aussi la vérité sur l’Homme. Au final, il s’agit d’un roman de crise sociale, montrant la méchanceté, la petitesse de l’être humain. Je dois l’avouer, j’ai trouvé certaines scènes dures, vraiment difficiles à lire, à accepter. Certaines m’ont dégouté, répugné, enflammé, mis les larmes aux yeux. Je pense que l’auteur est parfois allé trop loin dans l’atrocité, dans la violence, dans la description des nombreux problèmes soulevés. Cependant, je pense que ces passages s’avèrent être parfois nécessaire pour comprendre, pour voir à quel point certaines personnes sont prêtes à tout. Je pense aussi, que malgré tout, certains passages peuvent s’avérer immensément, durement réalistes.
L’auteur a l’immense talent de créer des personnages proches de la réalité, et ainsi, j’ai eu une facilité déconcertante à m’attacher à eux. J’ai vécu avec ses personnages durant deux semaines j’ai suivi leur parcours, les tactiques, leurs coûts-bas avec attention. J’ai éprouvé une pitié profonde pour certain, une immense sympathie pour d’autres, certains m’ont également profondément irritée, cependant, je pense que tous resteront un moment gravé dans ma mémoire pendant quelque temps encore.
L’auteur a également le talent de créer un livre de presque 700 pages sans aucunes longueurs. Je ne me suis jamais ennuyée, j’ai toujours pris un immense plaisir à rouvrir ce roman, j’ai toujours été scotchée par les différentes péripéties des personnages. Quel roman !

 

En bref
Mise à part quelques scènes sordides et beaucoup trop violentes, je n’ai aucun autre reproche à faire à ce roman. Une place à prendre est un roman certes, peu innovent, cependant la plume de l’auteur est réellement envoûtante, précise. C’est un livre réellement bien écrit qui pointe du doigt les travers de notre société, les travers des villes embourgeoisées. En tous cas, Une place à prendre n’est pas le type de roman dont on ressort indemne. A découvrir …

 

« La grande erreur commise par quatre-vingt-dix pour cent des êtres humains, selon Fats, était d’avoir honte de ce qu’ils étaient ; de mentir, de vouloir à tout prix être quelqu’un d’autre. »

 

Les avis de NouketteStéphiePlume de CajouMangol’IrrégulièreJuneSoukeeLou lit là (LC et autres participants)…

 

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Grasset, 680 pages, 2012

 

Un grand merci à PriceMinister pour l’envoie de ce roman auquel j’attribue la note de 19/20.

(Plus d’informations sur le livre ici)

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L’amour sans le faire – Serge Joncour

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Après dix ans de silence, d’absence et de rancœur, Franck se décide enfin à tourner la page et à retourner dans la ferme familiale. Auparavant, il décide d’appeler, afin de prévenir ses parents de son retour prochain. Mais la surprise s’avère être de taille, lorsque curieusement, c’est un petit garçon qui décroche. Il s’appelle Alexandre, comme son petit frère décédé il y a une dizaine d’années. Franck se pose alors quelques questions : qui est ce petit garçon ? Ses parents n’auraient-ils pas déménagé ? Où sont-ils ?… Il décide cependant d’aller voir ce qu’il se passe.
En parallèle, Louise, décide elle aussi de retourner dans la maison de ses beaux parents afin d’y passer quelques jours avec son fils. Franck et Louise ne s’étaient vus qu’une seule fois, lors de l’enterrement d’Alexandre. Cette fois-là, ils ne s’étaient pas parlé. Et pourtant, en ce voyant cette seconde fois, une sorte d’osmose nait entre ces deux personnages. Ils ont la faculté de se comprennent sans réellement se confier, sans réellement se parler…

 

Il va m’être difficile de parler de ce roman et pourtant, je l’ai vraiment aimé… Seulement voilà, je me retrouve devant la « page blanche » avec finalement très peu de choses à dire à part peut-être qu’il faut le lire pour savoir… Mais essayons…
Le roman est lent, mais bizarrement, ça ne m’a pas déplu… L’auteur prend le temps de créer un cadre, de guider son lecteur, de lui faire part du décor dans lequel évolueront les personnages… L’auteur nous fait, par ailleurs, une sorte d’ode à la nature, car une très grande partie du roman nous décrit des paysages champêtres. Tout au long de ma lecture, j’ai pu ainsi prendre le temps de percevoir les sentiments des personnages, leur manière de voir les choses, entrer dans leur tête,… Même s’il ne se passe pas grand-chose, j’ai aimé ce roman qui se déroule tout en finesse, en lenteur et en poésie. J’ai eu la réelle impression d’être bercée par les mots, de voir ce décor, de comprendre les sentiments, les inquiétudes, les situations des deux protagonistes.  Finalement, on pourrait presque dire qu’il s’agit d’une histoire banale et sans action mais la plume de Serge Joncour est vraiment magnifique. J’ai d’ailleurs pour fâcheuse habitude de corner les pages pour me souvenir des passages que j’ai aimé, pour garder une trace de ces belles phrases. Hé bien là, le livre est corné, archi corné même. L’écriture de l’auteur est assez simple, sans fioritures, sans grandes phrases, et pourtant je trouve les mots bien choisis et bien assemblés. Le tout forme un ensemble très agréable à lire et donne un texte vraiment très beau et très poétique.
L’amour sans le faire, c’est une histoire simple et décousue à la fois, où l’on assiste à la rencontre de deux êtres perdus, à la dérive. Les deux personnages semblent épuisés par leur mode de vie, par leur lieu d’habitation, par la vie, d’une manière générale. J’ai d’ailleurs eu parfois l’impression d’avoir affaire aux personnages de Les heures souterraines de Delphine de  Vigan. J’ai eu l’impression d’assister au même naufrage d’êtres humains…
Ces personnages m’ont d’ailleurs beaucoup émue. Je ne peux pas dire qu’un personnage m’a plus plu qu’un autre car tous ont une psychologie à la fois complexe et intéressante. J’ai trouvé que chaque personnage apporte un petit peu de fraîcheur au roman. Louise par sa finesse et sa pudeur. Franck par son côté « ours », par cette carapace qu’il endosse. Et le petit Alexandre pour sa fraîcheur, sa joie de vivre. En chacun des personnages, j’y ai trouvé une force assez incroyable alors que, pourtant, tous se sentent et se voient comme faibles…

 

En bref
Serge Joncour nous offre un beau moment de lecture avec L’amour sans le faire. L’histoire est simple, voire même banale, mais l’histoire est très pleine de tendresse, les personnages sont accessibles, « humains ». La plume de l’auteur, quant à elle, est vraiment sublime.

 

« Ne pas pouvoir s’aimer, c’est peut-être encore plus fort que de s’aimer vraiment, peut-être vaut-il mieux s’en tenir à ça, à cette très haute idée qu’on se fait de l’autre sans tout en connaître, en rester à cette passion non encore franchie, à cet amour non réalisé mais ressenti jusqu’au plus intime, s’aimer en ne faisant que se le dire, s’en plaindre ou s’en désoler, s’aimer à cette distance où les bras ne se rejoignent pas, sinon à une peine du bout des doigts pour une caresse, une tête posée sur les genoux, une distance qui permet tout de même de chuchoter, mais pas de cri, pas de souffle, pas d’éternité, on s’aime et on s’en tient là, l’amour sans y toucher, l’amour chacun le garde pour soi, comme on garde à soi sa douleur, une douleur ça ne se partage pas, une douleur ça ne se transmet pas par le corps, on n’enveloppe pas l’autre dans sa douleur comme le submerge de son ardeur. C’est profondément à soi une douleur. L’amour comme une douleur, une douleur qui ne doit pas faire mal. »

 

Les avis de Laetihistoire de livres, …

 

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Flammarion, 320 pages, 2012

 

J’en profite pour remercier PriceMinister pour l’envoi de ce roman auquel j’attribue la note de 17 (en savoir plus sur le roman).

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