Le dernier lapon – Olivier Truc

11 janvier. Le soleil va enfin refaire surface à Kautokeino, en Norvège. Et même si le froid reste toujours très intense, les habitants attendent non sans une certaine impatience l’arrivée de la lumière du jour.
C’est donc dans ce climat, en plein territoire lapon, entre la Russie, la Finlande, la Suède et la Norvège, que deux crimes sont commis le même jour et touchant tous deux le peuple Sami. Le premier est le meurtre d’un éleveur de rennes. Le second est le vol d’un tambour apparemment traditionnel leur appartenant.
La police des rennes, alors habituellement chargée des conflits entre les éleveurs, se retrouve à mener cette enquête de plein front et ce sont les inspecteurs Klemet et Nina qui vont s’affairer à retrouver le ou les auteurs de ces crimes. Mais la tâche ne sera pas aisée. L’enquête est semée d’embuches et d’opposants entravant la route de nos deux protagonistes.

Après avoir entendu des louanges à propos de ce livre, j’avoue avoir été très intriguée par ce roman. Bien que l’histoire soit plutôt longue à se mettre en place, j’ai fini par le dévorer, l’adorer et le recommander à mon tour.
Outre son statut de polar, Olivier Truc nous offre un joli portrait de la culture Sami, de la vie en Laponie. Le mode de vie des habitants, leur relative sédentarisation, leurs traditions, la langue Sami sont les nombreux thèmes abordés par l’auteur, nous permettant ainsi de bien s’immerger dans ce paysage. Il nous propose également une analyse très intéressante sur les clivages existants entre la Suède et la Norvège. On peut donc dire qu’il s’agit là d’un livre où l’on apprend sans cesse sur cette société, sur les modes de vie du pays, sur les coutumes, etc. Par ailleurs, l’auteur, connaissant bien cette région, nous offre des descriptions à vous faire baver sur ces grands panoramas que l’on imagine maculés de blanc.
L’histoire et l’enquête policière qui y est menée sont par ailleurs très intéressantes. Le suspense est au rendez-vous et Olivier Truc ne ménage pas son lecteur qui est sans cesse confronté aux rebondissements que subissent nos deux personnages centraux. D’ailleurs ces deux-là deviennent au fil des pages de plus en plus attachants et de plus en plus intéressants. On découvre ainsi progressivement leur passé respectif et une vision nouvelle de la Laponie se dévoile.
Vous l’aurez compris, je suis donc sous le charme de ce roman, premier en nombre écrit par cet auteur… Et je suis désormais certaine que le prochain Olivier Truc rejoindra rapidement mes étagères.

 

Editions Métailié, 453 pages, 2013

La liste de mes envies – Grégoire Delacourt

Jocelyne a 47 ans et vit à Arras. Mercière, elle gagne sa vie modestement et s’épanouit dans ce monde qui lui plait même si ses nombreux rêves ont été mis de côté. Mère de famille, ses enfants ont grandi loin d’elle et ne donnent que très peu de nouvelles. Quant à son mari, il y a plusieurs années que la flamme s’est éteinte : il ne la regarde plus, ne lui donne plus de tendresse. Une routine durable s’est installée entre ces deux êtres. Mais leur vie va être chamboulée par l’arrivée d’une grande nouvelle : les deux salariés de Jocelyne, addictes au Loto, la pousse à franchir le pas et à jouer. Malgré ses réticences, notre protagoniste va devenir l’heureuse gagnante de cette loterie et va empocher une très grosse somme d’argent.
Mais une sorte d’instinct la fait hésiter à aller retirer son dû. Comment ses enfants, son mari, ses amis vont-ils réagit ? Est-ce que cet argent sera bénéfique à sa famille, à son couple ou pourra-t-il entraîner une catastrophe dans sa vie ? Et si ce gain ne devenait pas une menace ?

 

Dès sa sortie, j’ai eu très envie de découvrir ce roman. Et puis passé les premiers enthousiasmes, cette envie a très vite disparu (ou du moins, a-t-elle été remplacée par d’autres). Bref. J’ai envie lu La liste de mes envies, quelques jour avant sa sortie au cinéma. Quelques jours après avoir rendu mon mémoire aussi et après avoir traversé une grosse panne lecture où plus rien ne me faisait envie.
La première des qualités de ce roman, c’est déjà qu’il m’a permis d’en finir avec ces envies de rien. Après avoir fini cette histoire, j’ai eu envie d’en découvrir d’autres, puis d’autres. Le goût de la lecture est revenu et il faut bien le dire, il a également été très fortement influencé par mes collègues de stage qui m’ont proposé bien des livres du Prix littéraires des lycéens et apprentis de Paca.
L’histoire, sans être forcément originale, est racontée de manière agréable et sans fioritures ; le lecteur est très vite emmené dans le vif du sujet. L’ouvrage permet également de se poser quelques questions quant à l’argent : fait-il vraiment le bonheur ? Quels sont nos rêves (petits ou grands) ? Des questions que, finalement, on se pose plus ou moins tous les jours sans parvenir à une vraie réponse.
J’ai également apprécié ces personnages sympathiques. Le fait est qu’on s’attache immédiatement à eux par leur simplicité, leurs petites mimiques et par la façon dont ils sont décrits. Tous deviennent très réels, prennent très vite forme dans l’imagination du lecteur.
Malgré tout, même si j’ai apprécié ce roman agréable et sympathique, mais il ne me laissera pas pour autant un souvenir impérissable. Même si j’ai dévoré ce roman qui se lit très, très bien, je n’en garderais aucune trace d’ici quelques mois…

 

Le livre de poche, 184 pages, 2013

Un petit jouet mécanique – Marie Neuser

Depuis son plus jeune âge, Anna passe ses vacances d’été dans le Cap Corse. Ses parents ont acquis une maison en ruines, loin de tout. Maintenant adolescente, Anna supporte de moins en moins ces vacances familiales ponctuées de longs repas, de balades et d’allers retours à la plage. Elle rêve plutôt d’aller en Angleterre ou aux Etats-Unis pour aller à la rencontre de ses chanteurs rock’n’roll préférés et pour intégrer une école de dessin prestigieuse.
Néanmoins, ces vacances tranquilles vont être rendues mouvementées avec l’arrivée de sa grande sœur Hélène. A l’antipode de l’adolescente, les deux sœurs entretiennent une relation difficile et ne s’apprécient pas du tout. Mais Hélène ne débarque pas seule. Elle est accompagnée de son nourrisson. Très vite, l’adolescente tombe sous le charme de sa nièce. Mais surtout, elle remarque un comportement étrange entre elle et sa mère. Elle a l’impression qu’Hélène fait tout pour qu’il arrive quelque chose à l’enfant. Imagination délirante ou drame morbide ?

 

Après avoir traversé un moment de panne lecture, j’ai eu l’occasion d’avoir ce livre entre les mains. Lauréat du prix littéraire des lycéens et apprentis de PACA, j’avais particulièrement envie de découvrir les raisons de ce succès.
Une écriture simple, sans prétention, mais qui ne m’a pas laissée indifférente pour autant. Mairie Neuser prend le temps de poser l’action, le cadre. On s’imprègne très vite dans cette ambiance du Cap Corse. On imagine rapidement les paysages, l’environnement ce qui rend les choses très agréables. On comprend les réticences de l’adolescente vis-à-vis du lieu, mais on a quand même envie de se laisser tenter par ces vacances tranquilles dans une lieu qui a l’air fantastique. Bref, le cadre est très bien posé et l’auteure a su nous faire apprécier ce lieu.
Marie Neuser écrit également à la seconde personne du pluriel. C’est une façon de raconter les actions qui m’a assez étonnée au départ, mais petit à petit, j’ai apprécié la distance prise par l’auteure pour raconter ces faits.
Néanmoins, l’histoire m’a laissée de marbre. Anna décrite comme une adolescente morose et rebelle, mordue de littérature, de musique et de poésie n’est ni plus ni moins qu’une jeune fille ordinaire se posant des questions habituelles. En brossant un portrait presque stéréotypé de l’adolescente, j’ai trouvé que le charme de l’atmosphère créé perdait tout à coup de son intérêt. Le constat est le même pour sa grande sœur Hélène. Celle-ci est décrite comme une jeune femme superficielle, égocentrique créant finalement un personnage sans grand intérêt. Il m’a donc été difficile de m’intéresser de plus près à ces personnages.
Enfin, la quatrième de couverture est un peu trop bavarde et en dit un peu trop. On comprend très rapidement quelle sera la fin de cette histoire et comment celle-ci risque de se terminer. Il faut dire aussi qu’en assistant à la remise de prix, les lycéens et apprentis avaient mis en scène certaines scènes du livre ce qui m’a peut-être mis la puce à l’oreille…
Un petit jouet mécanique n’a donc pas été un coup de cœur et je dirais même qu’il n’a pas vraiment été à la hauteur de mes espérances, néanmoins, certains points du roman sont particulièrement intéressants et méritent particulièrement un détour.

 

« C’est à Acquargento que vous avez appris ce qu’étaient réellement les ténèbres, quand, le visage libre offert à la brise nocturne, vous avez l’impression qu’on vous a crevé les yeux. Le noir comme un tombeau, vous pourriez presque le toucher comme s’il avait des parois »

L’écailler du Sud, 160 pages, 2012

Une part de ciel – Claudie Gallay

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Aux premiers jours de décembre, Carole regagne sa vallée natale, dans le massif de la Vanoise, où son père, Curtil, lui a donné rendez-vous. Elle retrouve son frère et sa soeur, restés depuis toujours dans le village de leur enfance. Garde forestier, Philippe rêve de baliser un sentier de randonnée suivant le chemin emprunté par Hannibal à travers les Alpes. Gaby, la plus jeune, vit dans un bungalow où elle attend son homme, en taule pour quelques mois, et élève une fille qui n’est pas la sienne. Dans le Val-des-Seuls, il y a aussi le vieux Sam, pourvoyeur de souvenirs, le beau Jean, la Baronne et ses chiens, le bar à Francky avec sa jolie serveuse…
Dans le gîte qu’elle loue, à côté de la scierie, Carole se consacre à une traduction sur la vie de Christo, l’artiste qui voile les choses pour mieux les révéler. Les jours passent, qui pourraient lui permettre de renouer avec Philippe et Gaby un lien qui n’a rien d’évident : Gaby et Philippe se comprennent, se ressemblent ; Carole est celle qui est partie, celle qui se pose trop de questions. Entre eux, comme une ombre, cet incendie qui a naguère détruit leur maison d’enfance et définitivement abîmé les poumons de Gaby. Décembre s’écoule, le froid s’installe, la neige arrive… Curtil sera-t-il là pour Noël ?
Avec une attention aussi intense que bienveillante, Claudie Gallay déchiffre les non-dits du lien familial et éclaire la part d’absolu que chacun porte en soi. Pénétrant comme une brume, doux comme un soleil d’hiver et imprévisible comme un lac gelé, Une part de ciel est un roman d’atmosphère à la tendresse fraternelle qui bâtit tranquillement, sur des mémoires apaisées, de possibles futurs.

(Source : 4ème de couverture)

Cette année, je n’ai pas du tout suivi la rentrée littéraire. D’ailleurs, vous avez dû remarquer que mon blog est un peu à l’abandon ces derniers temps… L’entrée en Master m’a changée du tout au tout… Bref, j’ai choisi ce livre dans le cadre des Matchs de la Rentrée de Price Minister tout simplement parce que le titre m’a plu, ainsi que la quatrième de couverture.
Ma première impression, c’est qu’il s’agit d’un livre dans lequel il ne se passe pas grand-chose : c’est un livre contemplatif. L’auteure mêle les souvenirs de Carole aux longues journées d’attente dans ce village de montagne. La présentation du texte et l’écriture m’ont parfois fait penser à un journal intime : la date inscrite en haut de chaque page et la manière dont cette journée s’est organisée. Des journées ponctuées par la neige, les visites à son frère, sa sœur, le voisin, la baronne, par des photographies, par des dîners au bar à Francky. Le roman contient certaines répétitions, des gestes répétitifs, pourtant, on s’y sent bien, comme dans un cocon ; j’ai aimé cette atmosphère, cette parenthèse de vie décrite pendant ces 400 et quelques pages. Il faut dire aussi que la lecture de ce roman est tombée parfaitement bien puisqu’elle est réellement de saison : l’auteure nous décrit ces moments familiaux, cette attente de Noël, ces préparations du Nouvel An. Des choses que l’on vit en ce moment, qui sont dans toutes les bouches.
Ajoutons à cela que l’auteure décrit à merveille l’atmosphère dans laquelle les personnages évoluent, tant dans leur environnement émotionnel que naturel. Les paysages de montagnes s’offrent à vous, vous donnent envie d’y aller, de découvrir ce qu’est le Val… Et pourtant, je déteste au plus haut point la neige, le froid et la montagne… Mais là, les mots prennent le dessus et vous donnent envie de vous blottir sous un plaid près de la cheminée pour observer le Val. Les descriptions de Saint-Etienne m’ont également amusées, puisque c’est dans ce département que j’ai vécu toute mon enfance. L’évocation des bars rue des Martyrs m’ont fait sourire et il a été agréable de se sentir autant chez soi dans ce livre. J’ai aussi aimé ces liens un peu bancals qu’entretiennent les personnages ; questionnements, jalousies, énervements, peurs pour l’un et pour l’autre vous donnent malgré tout une belle vision de cette famille. Les habitants du village apportent tous une jolie touche de couleur, un éclairage à cette histoire familiale complexe.
Mais (oui parce qu’il en fallait un !), j’ai été déçue par cette fin… Peut-être aussi parce que tout le livre tourne autour de l’arrivée de Curtil, et que son arrivée se fait attendre par tous. Du coup, il est vrai que j’en attendais beaucoup. Je m’attendais à des retrouvailles émouvantes, touchantes, agaçantes ou apportant des éléments de réponse… Mais rien de tout cela n’est mis en avant dans le roman, ce qui, je pense, est plutôt dommage.
Néanmoins, Une part de ciel plaira aux personnes qui n’ont pas peur de cet immobilisme, qui n’ont pas peur de se plonger tout entier dans une parenthèse de vie.

Un grand merci à Price Minister pour l’envoi de ce roman à qui je donne la note de 14/20 (et désolée pour mon retard !).

logorl2013(1/6)

 

Actes sud, 446 pages, 2013

Inès et la joie – Almudena Grandes

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En 1944, alors que le Débarquement approche, Monzon et ses compagnons, membres du parti communiste, sont convaincus de pouvoir instaurer bientôt un gouvernement républicain à Viella, en Catalogne. Pas très loin de là vit Inès.
Restée seule à Madrid pendant la guerre civile, elle a épousé la cause républicaine, au grand dam de son frère, délégué provincial de la Phalange de Lerida, qui la tient à l’œil.
Inès écoute Radio Pyrénées en cachette et capte un jour l’annonce de l’Opération Reconquête. Pleine de courage, elle décide de rejoindre cette armée. Une vie aventureuse et un grand amour l’y attendent.

 

Vous l’avez peut-être remarqué, ce roman était dans la rubrique « en ce moment, je lis… » (sur la droite) depuis le milieu du mois d’août… Oui, j’aurai mis près d’un mois et demi à venir à bout de ce roman !
Déjà parce qu’il est dense : Almudena Grandes alterne entre fiction et réel. Les chapitres entre parenthèses représentent les moments réels, historiques du roman. Les autres chapitres nous racontent l’histoire d’Inès et des autres… Le tout en à peu près 1100 pages… 1100 pages riches, pointues. Car si le roman traite de la Seconde Guerre Mondiale, d’une manière générale, l’auteur nous propose également une réflexion sur le parti Communiste, sur la Phalange Espagnole, sur l’invasion du Val d’Aran … Des événements importants mais néanmoins méconnus de ma part. Ma lecture s’est donc agrémentée de recherches afin de mieux comprendre, de mieux cibler les propos de l’auteure. Et puis, avouons-le, le roman recèle d’immenses lenteurs, d’immenses descriptions qui n’amènent pas pour autant le lecteur sur des pistes de compréhension.
Bref, je vous rapporte ici un commentaire mitigé… Certains passages m’ont passionnée et notamment les pages de fiction. L’auteur nous raconte comment Inès a réussi à sortir des griffes de son frère pour s’investir dans le parti Communiste Espagnol, comment elle a réussi à se faire accepter des autres malgré son passé assez incertain. On a donc ici l’image de l’héroïne, la vraie ! Inès ne peut susciter, auprès des femmes, qu’admiration. Elle a ce côté combattant, déterminé, sûre d’elle, mais elle a aussi ce côté humain, fleur-bleue qui nous amène à aimer réellement ce personnage au grand cœur ! Ajoutons à cela que son histoire d’amour avec Galàn m’a fait chavirer parce que leur aventure est un combat mais la passion est belle et bien présente et ce, jusqu’à la fin du roman. Almudena Grandes nous offre une image du couple sublimé, proche, à la confiance inébranlable. Et ça fait du bien, c’est beau, c’est grand ! L’auteur nous offre également un regard sur ces espagnols exilés, loin de leur patrie, et sur la manière dont ils s’organisent dans leur pays d’accueil. La réflexion est intéressante et peut, au final, s’adapter à la situation générale des expatriés.
A côté de cet aspect-là, l’auteure nous offre des chapitres plus historiques, marqués sur des faits avérés. Et c’est ces chapitres-là qui m’ont réellement gênée. L’écriture change complètement, se fait beaucoup plus lente, beaucoup moins éparpillée. On perd un peu le côté narratif de l’histoire pour tomber dans un quasi-documentaire historique. Je me ainsi suis réellement ennuyée lors de ces passages, tant et si bien que j’ai décidé de les survoler, puis de ne plus du tout les lire !
Une lecture qui aurait pu être intéressante sous certains aspects, mais qui m’a cependant déçue par d’autres… Néanmoins, Inès et la joie reste un roman intéressant, ambitieux, fort, sentimental, culinaire et politique !

 

« Même si nous n’avions cessé de le tenter chaque seconde de toutes les heures que contiennent trente-six années, nous n’avons jamais pu renverser Franco. En revanche, à partir de ce jour, nous avons réussi à rester vivants, après avoir tué une partie de nous-mêmes. »

 

Le livre de poche, 1056 pages, 2013

La vie devant soi – Emile Ajar (Romain Gary)

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Momo vit chez Madame Rosa depuis son plus jeune âge. Madame Rosa, c’est cette ancienne prostituée qui accueille chez elle des enfants de prostituées en toute illégalité. Mais Madame Rosa se fait vieille et elle a de plus en plus de mal à assumer son rôle, à grimper ces six étages pour rentrer chez elle… Alors le jeune Momo l’aide le plus possible. Il l’aide à remonter les courses, il appelle les amis de sa mère adoptive afin qu’elle ne se sente pas seule, il appelle le médecin quand l’état de Madame Rosa se détériore… Seulement, voilà… Madame Rosa est guettée par Alzheimer et le médecin pense qu’il faudrait vraiment qu’elle aille dans un centre spécialisé. La vieille femme, elle, s’oppose à cela. Elle veut mourir ici, dans son appartement. Alors Momo va l’aider à se cacher dans cette cave, avec ses souvenirs afin qu’elle puisse mourir en paix…

 

C’est une forte histoire d’amour entre une vielle femme et un enfant qui se battent pour la vie, où plusieurs thèmes sont abordés succinctement malgré un ton, au premier abord, très léger. Racisme, vieillesse, construction de soi, drogue, prostitution, mixité sociale sont des thèmes récurrents de ce roman. Des thèmes qui semblent aujourd’hui toujours d’actualité et pourtant ce roman a été écrit dans les années 70. Une histoire aux thèmes magnifiques, intéressants et pourtant, le charme n’a pas opéré.
Les premières pages ont été laborieuses ; j’ai eu du mal à entrer dans ce roman, à m’accoutumer à l’écriture de l’auteur. Car le texte est la voix de Momo, dix ans, avec ses maladresses de langage, ses phrases naïves, ses tournures alambiquées, ses mots inventés ou détournés. Avec ce choix, il a été difficile pour moi d’apprécier à juste mesure cette lecture, d’éprouver une quelconque émotion, de m’attacher aux personnages. Petit à petit, en m’accrochant, j’ai réussi à m’habituer, j’ai ri de ces maladresses mais cette réticence ne m’a jamais vraiment quittée.
Finalement, c’est principalement la fin qui m’a réellement marquée et touchée. Momo prend son rôle de fils adoptif à cœur et se coupe en quatre pour réaliser les souhaits de sa mère adoptive. Une fin magnifique qui fait réfléchir, qui fait grandir notre jeune narrateur…
Un livre à l’avis mitigé, mais qui vaut quand même le détour pour les thèmes abordés.

 

« Elle ne voulait pas entendre parler de l’hôpital ou ils vous font mourir jusqu’au bout au lieu de vous faire une piqûre. Elle disait qu’en France on était contre la mort douce et qu’on vous forçait à vivre tant que vous étiez encore capable d’en baver. »

 

Editions Folio, 274 pages, 1982

Le plus petit baiser jamais recensé – Mathias Malzieu

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« Un inventeur-dépressif rencontre une fille qui disparaît quand on l’embrasse. Alors qu’ils échangent le plus petit baiser jamais recensé, elle se volatilise d’un coup. Aidé par un détective à la retraite et un perroquet hors du commun, l’inventeur se lance alors à la recherche de celle qui « fait pousser des roses dans le trou d’obus qui lui sert de cœur ». Ces deux grands brûlés de l’amour sauront-ils affronter leurs peurs pour vivre leur histoire ? Le plus petit baiser jamais recensé est un vrai faux polar romantique. Suite métaphorique de La Mécanique du cœur, ce roman teinté de mélancolie regorge de gourmandise explosive. Comme si Amélie Poulain dansait le rock’n’roll et croisait le Petit Prince avec un verre de whisky. » (quatrième de couverture)

 

Pas besoin d’en dire plus… La couverture et la quatrième de couverture vous laissent entrevoir dans quel univers vous entrez : celui du rêve où la poésie des mots se mêle avec un univers complètement déjanté, fou.
Quelques pages et le coup de cœur opère déjà. L’auteur nous livre ses histoires d’amour chaotiques, avec pudeur, sensibilité. Ses questionnements, ses peurs, ses pertes, ses découvertes, ses plus beaux moments d’amour sont retranscrits avec poésie, délicatesse et humour. L’écriture de Mathias Malzieu, cette histoire à la fois dingue, magique et belle vous donne des frissons et vous plonge dans cet univers tant aimé. Tout à coup, on a l’impression de retomber en enfance, de faire marcher à fond les ballons son imagination pour se représenter les quelques figures imaginaires qui sont utilisées. De la veste en bonbons nounours en passant par l’appartelier ou la wi-fille l’auteur ne cesse de nous surprendre, de nous faire rêver.
Quelques passages sont par ailleurs un rappel aux précédents livres de l’auteur : de Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi en passant par La mécanique du cœur, l’auteur nous replonge dans ses précédents ouvrages avec douceur. Tout à coup, l’envie de les relire est bien présente. Ses livres ont été pour certain une cure face au deuil, un bouillon de beauté, un livre de chevet qu’on ouvre de temps à autre rien que pour savourer quelques pages, quelques-uns de ces mots un peu trop bien assemblés.
Vous l’aurez compris, Le plus petit baisé recensé est un coup de cœur, un vrai… Se plonger dans cet univers, c’est accepter de retomber en enfance, d’entrer dans un univers magique, stupéfiant, enchanteur et doux à la fois… Merci Mathias Malzieu pour ce moment de lecture hors du commun !

 

Mes avis sur Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, La mécanique du coeur, Métamorphose en bord de ciel.

 

« Ce soir-là, je ne pus me résoudre à regagner mon appartelier. Besoin d’échapper à moi-même. Arrêter de penser.
Boire les étoiles au goulot était une technique pour bloquer la machine temporelle. Flouter le passé et le futur quelques heures pour se poser dans l’hyper-présent avec du whisky déguisé en Coca, du rhum caché dans les feuilles de menthe. Je voyais mes démons cavaler à travers les bulles, pieds au plancher comme l’hiver dernier. Je ne pensais qu’à une chose : retrouver un autre temps. Celui d’avant l’explosion de la centrale à rêves. »

 

Flammarion, 158 pages, 2013