La vie devant soi – Emile Ajar (Romain Gary)

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Momo vit chez Madame Rosa depuis son plus jeune âge. Madame Rosa, c’est cette ancienne prostituée qui accueille chez elle des enfants de prostituées en toute illégalité. Mais Madame Rosa se fait vieille et elle a de plus en plus de mal à assumer son rôle, à grimper ces six étages pour rentrer chez elle… Alors le jeune Momo l’aide le plus possible. Il l’aide à remonter les courses, il appelle les amis de sa mère adoptive afin qu’elle ne se sente pas seule, il appelle le médecin quand l’état de Madame Rosa se détériore… Seulement, voilà… Madame Rosa est guettée par Alzheimer et le médecin pense qu’il faudrait vraiment qu’elle aille dans un centre spécialisé. La vieille femme, elle, s’oppose à cela. Elle veut mourir ici, dans son appartement. Alors Momo va l’aider à se cacher dans cette cave, avec ses souvenirs afin qu’elle puisse mourir en paix…

 

C’est une forte histoire d’amour entre une vielle femme et un enfant qui se battent pour la vie, où plusieurs thèmes sont abordés succinctement malgré un ton, au premier abord, très léger. Racisme, vieillesse, construction de soi, drogue, prostitution, mixité sociale sont des thèmes récurrents de ce roman. Des thèmes qui semblent aujourd’hui toujours d’actualité et pourtant ce roman a été écrit dans les années 70. Une histoire aux thèmes magnifiques, intéressants et pourtant, le charme n’a pas opéré.
Les premières pages ont été laborieuses ; j’ai eu du mal à entrer dans ce roman, à m’accoutumer à l’écriture de l’auteur. Car le texte est la voix de Momo, dix ans, avec ses maladresses de langage, ses phrases naïves, ses tournures alambiquées, ses mots inventés ou détournés. Avec ce choix, il a été difficile pour moi d’apprécier à juste mesure cette lecture, d’éprouver une quelconque émotion, de m’attacher aux personnages. Petit à petit, en m’accrochant, j’ai réussi à m’habituer, j’ai ri de ces maladresses mais cette réticence ne m’a jamais vraiment quittée.
Finalement, c’est principalement la fin qui m’a réellement marquée et touchée. Momo prend son rôle de fils adoptif à cœur et se coupe en quatre pour réaliser les souhaits de sa mère adoptive. Une fin magnifique qui fait réfléchir, qui fait grandir notre jeune narrateur…
Un livre à l’avis mitigé, mais qui vaut quand même le détour pour les thèmes abordés.

 

« Elle ne voulait pas entendre parler de l’hôpital ou ils vous font mourir jusqu’au bout au lieu de vous faire une piqûre. Elle disait qu’en France on était contre la mort douce et qu’on vous forçait à vivre tant que vous étiez encore capable d’en baver. »

 

Editions Folio, 274 pages, 1982

Les souvenirs de Mamette, Tome 3 : La bonne étoile – Nob

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Noël 1935. Mamette vit toujours à la campagne chez son grand-père, et la tante Suzon. Elle a repris le chemin de l’école et continue toujours ses tâches à la ferme, ce qui rend les journées longues… Mais qu’importe… Mamette s’est fait des amis, et notamment Jeannot et Jacques, tous les deux fous amoureux d’elle. Entre eux, l’ambiance est loin d’être au beau fixe, puisqu’ils passent leur journée à se bagarrer et à se chamailler pour savoir lequel des deux sera l’amoureux de Marinette. Cette dernières d’ailleurs en a plus qu’assez de cette situation et préfère rester seule, loin des garçons. Alors qu’elle rentre de l’école sans être accompagnée, un camion s’arrête et en descend un homme qui lui propose de la ramener chez elle. Effrayée, Mamette refuse avant de se rendre compte de son erreur : cet homme, c’est son père qu’elle n’a pas vu depuis presque une année.
Suite à cela, elle pense enfin rentrer à Paris. Mais très vite la jeune fille déchante. Un passé mouvementé oblige son père à se cacher…

 

C’est avec une certaine joie que j’ai retrouvé notre petite Mamette ! Nob s’amuse avec les souvenirs de notre petite héroïne et nous fait découvrir un tome beaucoup un peu plus tristounet que les précédents. Au milieu des moments de bonheur et de joie que nous propose Nob lors des retrouvailles, il nous confronte aussi à des choses plus sérieuses, plus tragiques. On comprend d’ailleurs que l’histoire peut se lire à un double niveau : les enfants comme les adultes trouvent leur compte dans cette série.
Petit à petit, l’histoire se dessine, nous offre de nouvelles révélations, attendues ou pas. Les personnages eux aussi continue leur petit bout de chemin et leur évolution. Le personnage de tante Suzon, par exemple, continue dans sa lancée et nous avons dans ce troisième tome quelqu’un de nouveau, de transformer, d’un peu plus humain. On découvre aussi pourquoi le grand-père de entretient des relations tendues avec le père de Mamette… Bref, tout autant de péripéties et de révélations qui donnent envie de découvrir la suite, si suite il y aura…
En ce qui concerne le dessin, il n’y a pas vraiment de nouveautés : des couleurs pastelles, des dessins ronds, des illustrations pleines page… Et bien sûr, un petit aperçu de notre Mamette devenue Mamy à la fin du tome…
Tout autant de bonnes choses qui donnent envie de découvrir une éventuelle suite, et bien sûr, la série Mamette…

 

Mon avis sur le premier tome
Mon avis sur le second tome

 

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Chez Mango

 

 

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Top BD de Yaneck
: 16/20

 

Glénat, 88 pages, 2012

Les souvenirs de Mamette, Tome 2 : Le chemin des écoliers – Nob

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L’histoire s’ouvre sur une Mamette désespérée de savoir que sa mère n’est pas prête de venir la chercher comme prévu pour la rentrée des classes. Notre jeune héroïne opte donc pour une petite fugue en plein cœur de la forêt. Mais très vite, confrontée à la solitude et aux bruits peu rassurants de son environnement, Mamette commence à avoir peur, très peur ! Heureusement, elle peut compter sur son jeune ami Jeannot fou amoureux d’elle qui l’accueille chez lui pour la nuit.
La fin des vacances estivales se termine sans encombre… Mamette passe le plus clair de son temps avec Jacques, le petit voyou du village.
Puis, Mamette retourne à l’école. Mais, entre les devoirs, le travail à la ferme et son temps de loisirs restreint, notre jeune héroïne montre des signes de fatigue… Heureusement Jacques lui fait passer des moments amusants et surprenants…

 

Pour notre dernier club lecture, nous avions pour thème les souvenirs d’enfance, et cette série a fait partie de notre sélection. Après un léger coup de foudre pour cette petite Mamette, j’ai eu envie de retenter l’expérience. Il faut dire que sa joie de vivre, sa gentillesse et sa fraîcheur m’avait littéralement fait fondre…
Bref, j’ai éprouvé à nouveau un immense plaisir à retrouver notre petite Marinette, bien que la lecture ne soit pas aussi fraîche et légère que la dernière fois. Sans tomber dans quelque chose de complètement sombre, je dois bien avouer que j’ai beaucoup moins ri (ou souri) que pour la lecture du premier tome. Pourtant, j’ai aimé cette lecture, et je suis impatiente de découvrir la suite, qui m’attend déjà sur ma Pile à Lire !
Sans avoir pour autant un scénario à vous couper le souffle, j’ai particulièrement apprécié la manière dont la vie de Mamette est racontée, comment Nob rend l’anecdotique concret et vivant. Le tout forme une histoire cohérente pleine de douceur, de charme et de poésie.
J’ai apprécié de découvrir en profondeur les acteurs de cette histoire et de les connaître un peu plus. D’ailleurs, les relations entre les personnages évoluent et la tante Suzon devient petit à petit une personne agréable et intéressante, ce qui n’est pas pour me déplaire. C’est donc une évolution à suivre de très, très près !
A nouveau, j’ai apprécié ces dessins ronds, plein de détails, remplis de couleurs joyeuses représentant à merveille des paysages de campagne.
Comme lors du premier tome, j’ai aimé découvrir à la fin notre Mamette devenue vieille, mais qui demeure cependant une dame toujours aussi charmante. Je me laisserais d’ailleurs bien tentée par l’histoire de notre Mamette mamy…

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Chez Mango

 

 

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Top BD de Yaneck
: 16/20

 

 Editions Glénat , 88 pages, 2011

Et puis, Paulette… – Barbara Constantine

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Ferdinand vit seul dans sa grande ferme depuis que sa femme Henriette est décédée et que ses deux fils ont quitté la maison familiale.
En revenant du bourg, il croise un chien errant sur la route qui appartient à sa voisine Marceline. En lui ramenant son animal de compagnie, Ferdinand constate la vie particulièrement difficile et rudimentaire que mène la vieille femme. En effet, le confort est plus que sommaire et l’eau s’infiltre par le toit de sa maison. Alors que la tempête s’annonce, Ferdinand décide de proposer à Marceline de venir vivre dans sa ferme, le temps qu’elle puisse payer les réparations. Bien que gênée, Marceline accepte.
Petit à petit, Ferdinand et Marceline se rendent compte que beaucoup de gens autour d’eux sont dans le besoin, souffrent de la solitude. Ils proposent alors à Guy, puis aux deux petits jeunes, puis aux sœurs Lumière de venir habiter avec eux… Ainsi se crée solidarvioc…

 

Se plonger dans la lecture de ce roman, c’est comme se glisser sous une couette chaude, c’est comme entrer dans un endroit dans lequel on se sent bien, en sécurité. C’est un livre doux, qui réchauffe le cœur, qui donne envie de voir la vie différemment, qui nous fait croire et espérer qu’il peut exister encore aujourd’hui un soupçon de solidarité. L’auteure nous délivre une jolie leçon de moral, d’optimisme… On peut dire qu’il s’agit d’une belle découverte d’auteure, mais aussi d’un petit coup de cœur…
Plusieurs fois croisé sur différents blogs, Et puis, Paulette… était un livre qui me tentait énormément… Alors lorsque j’ai vu que Barbara Constantine était présent à la fête du livre de Saint Etienne, j’ai craqué, pour ce livre et puis pour Tom, petit Tom, tout petit Homme, Tom
L’histoire de Ferdinand, de Marceline et les autres m’a terriblement touchée… Avec simplicité, fraîcheur et optimisme l’auteure nous propose une jolie vision sur les relations intergénérationnelles. Et puis, Paulette… m’a fait sourire, m’a ému aux larmes, m’a donner une belle leçon de vie. Je me suis attachée aux personnages, à leur petit caractère et à leurs différences. Chaque personnage apporte un petit plus à l’histoire, une nouvelle aide de quelque sorte qu’elle soit. Tout semble très réel, très proche de la réalité, ce qui accentue énormément la beauté de ce roman. C’est un peu utopique, parfois candide, mais on peut s’empêcher de penser que ce livre est beau, simplement. Et puis, j’ai apprécié l’écriture de l’auteure : simple, fluide, délicate…

En bref
Et puis, Paulette… est une très belle lecture tant pour l’histoire merveilleuse qui nous est racontée que pour l’écriture tout en douceur de Barbara Constantine. A savourer…

« Hortense est très excitée, elle veut apprendre à surfer sur le oueb ! Cliquer sur le dos d’une souris ! Se mettre de profil sur fesse bouc ! »

 

Calmann-Levy, 306 pages, 2012

Les petits ruisseaux – Rabaté

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J’ai beaucoup hésité avant de prendre cette BD… Je l’ai d’abord découverte en format folio dans une librairie, puis je l’ai croisée sur le blog de Noukette (encore…) et les liens qu’elle avait ajouté et puis finalement, le hasard l’a remise sur mon chemin. Cette fois était la bonne, et je dois dire que c’est vraiment une chouette BD…

 

Emile et Edmond sont deux petits vieux ayant le même âge, mais une vie amoureuse et sexuelle très différente. Tous les deux sont veufs. Tous les deux entretiennent une relation marquée sur le respect, sur l’écoute… Mais Edmond cachait quelque chose à son ami depuis quelques temps. En effet, Edmond entretient des relations avec des femmes rencontrées via des agences matrimoniales! Il réalise également des portraits de nue, un peu olé-olé… Bref Emile tombe des nues et trouve que ce n’est plus de leurs âges…
Et puis un beau jour, sans crier gare, Edmond décède brusquement… Emile se retrouve seul et tente de rajouter, malgré tout, un peu de piment à sa vie un peu trop solitaire, un peu trop réglée, un peu trop terne…

 

Ce qui m’avait un peu rebutée, c’est de lire quelque chose qui soit trop éloigné de moi… C’est-à-dire que j’avais un peu peur de ne pas m’intéresser, de ne pas être touchée par cette histoire… Il faut dire qu’Emile et Edmond sont deux petits papys d’environ 70 (et moi j’ai juste 19 ans)…
Et finalement, même si je ne me suis reconnue en rien, le récit m’a beaucoup intéressée, et je dois même dire que j’ai été touchée par cette jolie histoire. Les personnages parlent de manière juste, sans pudeur, sans vulgarité non plus. Tous les deux entretiennent une belle relation construite sur des bases solides. C’est une bande dessinée à la fois drôle, touchante et poétique.
J’ai beaucoup apprécié ce moment pendant lequel Emile rencontre ces post soixante-huitard (il faudra lire cette BD pour comprendre). Au final, avec eux, le protagoniste se redécouvre, se reconstruit… Il change, prend conscience qu’il doit vivre sa vie et vite…
J’ai beaucoup aimé cette manière de parler de thèmes qui sont plus ou moins tabous, difficiles à aborder… La sexualité, le désir, la solitude des personnes âgées… Au final, ce récit donne une jolie leçon de vie, et m’a fait comprendre que l’amour n’a pas d’âge… Chacun a le droit à son moment de bonheur, chacun a le droit de refaire sa vie à la suite d’un décès, chacun a le droit à l’amour…
Les dessins m’ont beaucoup plus. Ils sont gais, colorés, avec pleins de petits détails (et moi, j’aime les détails). Je me serais cru dans le sud avec la pêche, les petits bistrots, … J’ai voyagé… Les personnages parlent de manière familière, avec un peu de patois… Bref, tout est réaliste…

 

En bref
Décidément, l’univers de la bande dessinée est juste merveilleux… J’y fais de belles découvertes, et celle-ci en fait partie. Les dessins sont très beaux, l’histoire m’a beaucoup touchée…Avec, j’ai compris certaines choses… Un récit à lire !

 

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BD-du-mercredi

Chez Mango

 

Futuropolis, 94 pages, 2006